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 La résolution d'une affaire et le commencement d'une autre [Adelmiro Ybaria]

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Trishna Maänadil
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MessageSujet: La résolution d'une affaire et le commencement d'une autre [Adelmiro Ybaria]   Jeu 15 Sep - 22:48

Une enveloppe, scellée du sceau de l’intendance et accompagnée d’un lourd rapport, était arrivée un matin sur le bureau du ministre de la paix civile, quelques semaines après l’exil de la cour à Talehe. A l’intérieur, un message rédigé dans une écriture élégante, quoiqu’un peu pressée :

Citation :
À monsieur Adelmiro Ybaria, ministre de la paix civile

Monsieur le ministre,

Croyez-moi bien désolée de perturber votre emploi du temps, qui, au vu des événements survenus dans notre royaume, doit être déjà chargé. Toutefois, vos compétences sont nécessaires pour résoudre une affaire survenue à l’intendance. Des compagnies avec lesquelles le palais traite régulièrement ont profité de notre confusion pour en tirer quelques profits crapuleux. Certaines d’entre elles sont naidiennes ; les sanctions habituellement appliquées pourraient accentuer les tensions déjà présentes. Aussi vous prie-je de m’accorder une rencontre afin de décider de la marche à suivre.

Avec mes salutations les plus respectueuses,

Trishna Maänadil, intendante du palais naidien

La Maänadil avait reçu une réponse positive à sa demande quelques heures à peine après avoir confié l’enveloppe à un valet. Le rendez-vous était fixé à l’intendance le lendemain, pour les neuf heures.

.:.

Trishna était à l’intendance à six heures du matin, comme à son habitude. Elle aimait se lever en même temps que le soleil et se préparer sous les premiers rayons, lorsque la ville était encore calme –du moins, autant que peut l’être une capitale.

Elle avait parfaitement dormi, pour la première fois depuis son arrivée à Talehe. Savoir que l’affaire allait sur sa conclusion la mettait d’excellente humeur. C’est qu’elle l’avait tenue éveillée des semaines ! Quelques écarts entre ses notes personnelles et les registres officiels de l’intendance lui avaient d’abord mis la puce à l’oreille. En cherchant les erreurs qui s’étaient glissées dans les comptes – ce n’était pas inhabituel, vu le flux d’argent et de marchandises qui circulaient quotidiennement dans le palais, et une partie de son travail consistait à les dénicher – elle s’était rendue compte qu’une importante somme d’argent s’était évanouie dans l’air. L’équivalent d’une semaine de dépenses du palais, soit un montant considérable. En se demandant comment elle avait pu ne pas remarquer un manque si important, malgré la confusion qui avait régné sur le royaume lors de l’exil de l’aristocratie à Talehe, elle décida de prendre les devants et de comprendre l’erreur qui pouvait lui coûter son poste.

Il avait fallu parcourir des centaines de pages de registre, les comparer lignes par lignes aux bons de commandes et de livraisons, pour reconstituer la somme perdue. Après trois semaines de travail, elle était persuadée que les nombreuses erreurs qu’elle avait relevées n’en étaient pas. Elles avaient été trop soigneusement dissimulées et parsemées. De plus, l’encre de certains bons de commande qu’elle avait signés de sa main, avait été grattée et remplacée, prouvant définitivement une fraude volontaire. Les commerces et entreprises qui avaient tenté de profiter de la confusion naidienne étaient d’origines diverses. Que beaucoup soit ivrianes ne l’étonnait guère, mais le nombre de compagnies naidiennes la choquait. N’était-ce pas une autre marque de défiance du peuple envers la couronne ?

Trishna entreprit de dégager le bureau des dossiers dont elle n’aurait pas besoin pour la séance. A son grand regret, elle fut contrainte de les arranger sur des piles croissantes de rapports. Les bibliothèques qu’elle avait commandées pour ranger ses documents en attendant de les archiver avaient du retard, et l’intendance ressemblait de plus en plus à un fouillis. Organisé du mieux possible, certes, mais un joyeux fouillis tout de même.

La pièce avait été récemment refaite, cela se voyait dans la fraîcheur des tapisseries et des tentures légères. Trishna l’avait décorée selon la pure mode naidienne, avec la subtile extravagance qui était règle au palais. Les frises en stuc, avalées par les piles de dossiers, soulignaient avec grâce les murs élancés ; le parquet supportait en son centre le bureau en bois massif, dont nul ne pouvait deviner le poids à cause de ses arabesques maîtrisées. Des fauteuils et des coussins confortables complétaient l’ensemble. A croire que l’intendante s’était lancée pour défi de rendre le palais de Talehe aussi enchanteur que celui de Taytambo.

Un dernier coup d’œil lui indiqua que la pièce était aussi en ordre que cela était possible, quand on ne possédait que deux armoires. Un bouquet de fleurs pimpantes était disposé dans un vase sur un guéridon éloigné du centre de la pièce. Une fine auréole sur le bureau, à moitié recouverte par des dossiers, indiquait sa place habituelle. Trishna l’avait déplacé par courtoisie, ne sachant pas si son hôte supporterait leur senteur appuyée. Autant ne pas risquer de vexer ce politicien, que les bruits de cour disaient implacable. La maîtresse du palais bleu avait appris à se méfier des rumeurs, mais elle savait également que rares étaient celles qui n’avaient pas un fond de vérité. Ne serait-ce qu’un minuscule fond. Même si le ministre s’était toujours montré agréable et poli envers elle.

Des coups mesurés retentirent dans la pièce. Ravie de la ponctualité de son collègue, Trishna l’autorisa à entrer sur un ton aussi joyeux que lui permettaient les convenances.

- Bien le bonjour, monsieur le ministre. J’espère que cette journée nous sera douce et qu’elle nous permettra de donner le meilleur de nous-même.

Elle tendit la main, attendant le baisemain d’usage. Elle observa brièvement son interlocuteur pendant qu’il le lui accordait, avec toute l’avenance dont un naidien était capable. A chacune de leurs rencontres, elle ne pouvait s’empêcher de fixer ses vêtement ; ces costumes taillés dans du tissu Qianq, brillant et léger. Elle n’avait que rarement l'occasion d’en apercevoir, et cet étalage de couleur lui donnait l’impression de redevenir une enfant fascinée par les robes de sa mère. Ramenant prestement son regard dans celui du ministre, elle lui indique les fauteuils derrière elle.

- Je vous en prie, asseyez-vous pendant que je nous fais préparer du thé.

Trishna sonna une clochette reliée à la salle des domestiques non loin, afin qu’on lui apporte un service et de l’eau chaude. Après s’être assurée que le ministre avait pris un siège, elle se dirigea vers son bureau et se plaça de l’autre côté.

- Quel parfum vous ferait envie aujourd’hui, monsieur Ybaria ?

Elle sortit un coffret sculpté d’un tiroir à sa droite, présentant sa collection personnelle de petits sachets, chacun contenant les herbes à infuser. Elle ne pouvait pas ne pas la partager avec un membre du gouvernement. En attendant qu’il fasse son choix, elle lissa ses jupes. Le travail commencerait après.


Dernière édition par Trishna Maänadil le Mar 4 Oct - 16:24, édité 1 fois
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Adelmiro Ybaria
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MessageSujet: Re: La résolution d'une affaire et le commencement d'une autre [Adelmiro Ybaria]   Sam 17 Sep - 23:58

Il y a des cadeaux dont on se passerait. Pour beaucoup, un épais dossier décrivant des infractions commises par des sociétés naidiennes en fait partie. Pas pour Adelmiro. Il était rare qu’on lui demande de collaborer sur une affaire : même quand les services qu’ils dirigeaient étaient concernés, les autres ministres faisaient généralement en sorte de le contourner. Pour des raisons professionnelles ou personnelles, il n’avait jamais su et s’en moquait. Alors pour une fois qu’on réclamait son aide, surtout dans un dossier aussi important, il n’allait pas cracher dessus.

Adelmiro avait croisé Trishna Maänadil à plusieurs reprises mais n’avait jamais eu l’occasio de travailler avec elle. Elle gérait des affaires internes au palais et n’avait donc que peu de contacts avec les ministres, en dehors du ministre des Finances. Or, Adelmiro était directement passé des Affaires religieuses à la Paix civile, grillant allègrement la priorité à Hibraïm N’raëm, au Commerce, et à Feistiu Otsoa, chargé des Finances. Dame Maänadil avait cependant très bonne réputation, et les documents qu’elle lui avait fait parvenir, complets et clairs, allaient en ce sens.

Le dossier fut lu et épluché en quelques heures à peine, et Adelmiro s’empressa d’envoyer sa réponse à l’administratrice. Les faits étaient assez graves et bien étayés pour justifier une réunion dès le lendemain matin. Cela lui permettrait aussi de se distraire des évènements politiques qui se jouaient en même temps.

Il frappa à la porte de l’intendante à l’heure exacte du rendez-vous. Face à certains subordonnés, il aimait être en retard pour rappeler que c’était lui qui fixait les règles, mais il venait ici pour une rencontre d’égal à égal, alors il tenait à être ponctuel. La gaieté dans la voix qui l’invita à entrer lui arracha un bref sourire.

La formule avec laquelle l’intendante l’accueillit était un peu désuète. Venant de n’importe qui d’autre, elle aurait pu passer pour ampoulée ou sarcastique, une pique dirigée vers sa piété notoire, mais dame Maänadil la prononça avec une telle sincérité qu’Adelmiro lui offrit tout aussi honnêtement la réponse d’usage, elle aussi malheureusement vieillie :

- Puisse ainsi la mer rester basse.

Tandis qu’il s’inclinait devant elle pour le baisemain d’usage, il sentit son regard se poser sur ses épaules, et il en sourit légèrement. Chaque fois qu’ils se croisaient, elle prenait une seconde pour le détailler des pieds à la tête. Adelmiro aimait cette curiosité inoffensive et même un peu enfantine. Ses origines occidentales, à travers ses vêtements, devenaient alors une raison de s’extasier, et non de le rejeter ou de le moquer.

Il ne l’aurait jamais reconnu, mais il avait bien pensé à elle en choisissant sa tenue, ce matin-là. Et ce n’était pas un hasard si son choix s’était porté sur son vêtement préféré, une tunique croisée coupée dans un tissu magnifique : une soie vert émeraude, parcourues d’arabesques à peine plus sombres qui chatoyaient discrètement. Deux broderies dorées y étaient apposées. L'une rehaussait l’ourlet inférieur et l’autre, une grue aux ailes déployées, recouvrait toute son épaule gauche. Ses braies, elles, étaient d’un simple tissu noir brillant.

Peut-être honteuse d’avoir été surprise à le fixer, elle s’arracha soudain à sa contemplation et releva le visage en direction de celui de son interlocuteur pour l’inviter à s’asseoir. Elle lui proposa du thé : une attention appréciée. Elle lui tendit alors un coffret, qu’il prit avec précaution. Ce n’était pas tout à fait aussi précieux qu’un reliquaire mais pas loin, à ses yeux. Il l’ouvrit religieusement, aspirant lentement les parfums qui s’en échappaient. Sans même voir le contenu, il sut, aux senteurs fleuries et fruitées qui l’enivrèrent que la collection réunie là pouvait faire pâlir de honte les meilleurs salons de thé du pays.

Il se retrouva face à plusieurs rangées de petites bourses en tissu satiné. Comme dans sa propre collection, semblait-il, chacun de ces sachets était de la couleur du thé qu’il contenait (blanc, noir ou vert : elle n’avait apparemment pas de thé bleu) et brodé de motifs indiquant son parfum. Hésitant comme il ne savait l’être que devant une interrogation futile, il effleura du doigt un sachet de thé blanc aux agrumes, puis un aux pétales de cerisier, avant de revenir au premier. Il le prit précautionneusement, tira le lien qui le fermait de façon à ouvrir très légèrement la bourse, de peur que trop de parfum ne s’en échappe, et le porta à son visage. Une fragrance un peu acide d'orange et de citron effleura ses narines et il la respira avec délice. Il referma pourtant le lien et reposa le petit sac à sa place.

- Hum, une réunion aussi sérieuse demande sans doute une boisson plus forte, dit-il autant pour sa voisine que pour lui-même.

Il choisit finalement un mélange de thés verts et noirs agrémentés de jasmin et de bergamote. Il aurait aimé quelque chose d’épicé, comme son thé noir à la cardamone, à la cannelle et au gingembre, mais ce n’était pas dans ce coffret qu’il trouverait cela. Il se rendit compte que leurs goûts respectifs en matière de boisson chaude étaient étrangement révélateurs de leurs caractères – si on en croyait les rumeurs sur l’intendante.

- Une belle collection, commenta-t-il en tendant la boîte à la dame Maänadil, sagement assise face à lui. La prochaine fois que nous devons nous concerter, vous viendrez dans mon bureau, je vous présenterai la mienne. J’ignore si elle sera à votre goût, mais j’ai rarement l’occasion de la montrer à quelqu’un qui saurait en apprécier la valeur et l’intérêt.

Le temps que son hôte choisisse son propre sachet, il observa la pièce. Elle aussi était très révélatrice. Elle était confortable et élégante, même raffinée, mais semblait bizarrement peu fonctionnelle, pour quelqu’un qui avait fait preuve d’une telle rigueur dans le dossier qu’elle lui avait fait parvenir. Adelmiro aurait ajouté plusieurs étagères le long des murs, plutôt que d’empiler ainsi les papiers et parchemins le long du mur. Étant donné la rigueur du rapport qu’elle lui avait transmis, il interprétera cela comme une étourderie plutôt que comme une véritable propension au désordre.

- Excusez-moi si je vais un peu trop vite au but, mais l’affaire que vous m’avez transmise est sérieuse, et de plus très intéressante, dit-il quand Trishna eut fait son choix. Il ne s’agit pas de simples malversations réalisées par des opportunistes mais bien d’une organisation bien rodée. Comme vous l’avez compris, le contexte actuel fait que nous devons agir avec prudence. J’ose cependant croire qu’en mentionnant cela, vous ne parliez pas de nous montrer indulgents ? La limite entre indulgence et laxisme est fine et dans le doute, je préfère en rester loin.

Il ponctua sa phrase d’un léger sourire, comme s’il venait de dire une plaisanterie, ou d’énoncer une évidence ; car si la douce Trishna, pour une raison ou une autre, voulait préserver ces criminels, elle aurait dû s’adresser à n’importe qui d’autre que lui.


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Trishna Maänadil
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MessageSujet: Re: La résolution d'une affaire et le commencement d'une autre [Adelmiro Ybaria]   Jeu 6 Oct - 0:00

Le ministre prit avec une telle précaution son coffret à thé que Trishna sut aussitôt qu’elle avait mouche. Elle sourit légèrement en le voyant hésiter devant les différents parfums, humer les odeurs qui s’échappaient des sachets. Cette attitude lui rappela un peu la sienne, lorsqu'elle avait reçu la précieuse cargaison au cours du mois dernier. Ravie de cet assortiment, elle s’était empressée d’examiner chaque petite bourse, de s’enivrer de leurs senteurs réconfortantes, exotiques, entêtantes, jusqu’à en avoir le tournis.

Si un sachet de thé était le prix à payer pour mettre le ministre à l’aise et passer un entretien agréable, elle était prête à lui céder le coffret entier. Elle préférait éviter autant que possible les foudres de l’une des personnalités les plus craintes de la capitale, surtout lorsque cette dite personnalité s’avère diriger les tribunaux.

Monsieur Ybaria reposa le sachet de thé aux agrumes qu’il semblait pourtant avoir choisi, en soulignant qu’un parfum plus fort conviendrait mieux à une réunion aussi grave. Il opta finalement pour un petit sachet vert et noir, brodé de motifs représentant du jasmin et de la bergamote. Un des parfums les plus forts de sa collection, qu’elle avait choisi plus pour ses invités que pour elle-même. Elle appréciait les saveurs plus douces.

Il lui rendit sa boîte en la complimentant sur sa collection. Elle allait le remercier et lui demander s’il la trouvait à son goût, mais il enchaîna. Il s’écoula quelques secondes, le temps que la surprise provoquée par les implications du ministre disparaisse, puis un fin sourire vint étirer ses lèvres. Elle se pencha légèrement en avant en guise de remerciement.

- C’est une charmante résolution, monsieur, répondit-elle d’un ton posé pour dissimuler son ravissement, consciente d’avoir été honorée. Elle se tut, cherchant une réponse à la hauteur de la proposition du ministre. Lui retourner le compliment pourrait passer pour de la flatterie, aussi se contenta-t-elle d’un simple : Il me tarde d’y être.

La réponse pouvait paraître sèche, mais les convenances ne lui permettaient pas de lui témoigner plus d’intérêt – du moins en apparence – même dans un cadre professionnel. Elle reporta son attention sur le coffret. Elle aurait bien eu envie d’un mélange de thés noir, vert et blanc, aux accents de figue, mais se rétracta, le jugeant trop festif. Elle hésita brièvement puis imita son invité en choisissant un thé noir, adoucit par des pétales de bleuets et de soucis.

Trishna venait de faire son choix, quand le ministre reprit la parole. Elle perdit progressivement son sourire et croisa nerveusement les mains sous les bureaux, là où il ne pourrait pas les voir.

- S’il-vous-plait monsieur, ne vous excusez pas, car c’est après tout pour résoudre cette affaire que j’ai requis votre présence et votre temps.

En songeant à la meilleure manière d’exposer ses pensées, elle déposa avec lenteur son coffret à thé dans un tiroir du bureau. Celui-ci émit un gémissement sourd quand elle le referma avec raideur. Le sourire du ministre, si plaisant en apparence, l’avait inquiétée.

- Vous vous méprenez sur mes intentions, cependant. Se montrer laxiste, comme vous le dites, serait une erreur. Un enfant répète incessamment ses facéties si ses parents ne le punissent pas.

Elle plissa légèrement les yeux.

- Toutefois, appliquer les sanctions créées en temps de paix, contre un peuple manifestant ostensiblement son opposition à la couronne et à tout ce qu'elle représente, me parait manquer cruellement de prudence.

Elle ramena ses mains sur le bureau, les croisant sagement devant elle.

- Et c’est précisément pour cela que j’ai fait appel à votre expertise. Vous êtes bien mieux renseigné que moi sur la rive droite. La cour se voile la face et ne perçoit que de vagues échos de ce qu’il se passe à l’extérieur, aussi n'ai-je sans doute qu'une vision erronée de la situation. Toutefois, mon père, négociant, m’a rapporté qu’il est de plus en plus difficile de traiter avec les commerçants et producteurs populaires.

Prenant comme exemple l’un des châtiments habituellement appliqués, elle poursuivit :

- Ne serait-ce pas leur donner une raison supplémentaire de se révolter que les forcer à présenter des excuses publiques à la couronne ?

Elle allait continuer, mais quelqu’un frappa à la porte. Coupée en plein élan, elle cligna des yeux, perplexe, avant de se rappeler qu’elle avait demandé de l’eau chaude quelques minutes plus trop.

- Entrez, Seil.

Une jeune domestique aux cheveux frisés, un plateau calé contre la hanche, poussa prudemment le lourd battant. Elle salua les deux personnalités présentes dans la pièce, visiblement intimidée, et les rejoignit près du bureau. Elle déposa avec délicatesse un service en porcelaine naidienne sur la surface polie. Après avoir glissé sur le bureau des serviettes, un sucrier et une assiette de biscuits secs, elle récupéra les deux petites bourses contenant les précieuses feuilles de thé, qu’elle versa dans deux théières distinctes. Elle remplit ces dernières avec de l’eau contenue dans une cruche, les feuilles frémirent sous la chaleur. Elle se posta ensuite en retrait, le temps de l’infusion.

Malgré son apparente discrétion, il aurait été malvenu de poursuivre une discussion aussi importante devant une tierce personne, aussi Trishna se contenta-t-elle de lancer un sourire mondain à son invité. Le silence était moins pesant que ce qu’elle avait redouté.

Quand enfin, Seil eut versé le thé dans les tasses à travers un fin grillage et s’en fut allée, l’intendante reprit, comme si l’interruption n’avait pas eu lieu :

- Si toutefois, vous estimez que lesdites sanctions sont toujours appropriées, même dans ce contexte si particulier, alors je ne m’y opposerais nullement. Votre avis a plus de pertinence et de valeur que le mien.

Elle acheva sa tirade en saisissant la tasse si délicate ; la chaleur agréable se diffusa dans ses membres. Elle respira avec délice les arômes qui s’en échappait, mais n’y trempa pas les lèvres. C’était au ministre que revenait le privilège de boire la première gorgée.
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Adelmiro Ybaria
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MessageSujet: Re: La résolution d'une affaire et le commencement d'une autre [Adelmiro Ybaria]   Dim 9 Oct - 21:31

Les réponses de Trishna Maänadil aux compliments d’Adelmiro furent brèves, d’une politesse presque sèche mais le ministre ne se vexa pas. Il interprétait cela comme de la pudeur. Habituée à la cour naidienne, l’intendance était bien placée pour connaître l’importance de chaque mot prononcé. De plus, cette rencontre, malgré l’intonation joyeuse qu’elle avait prise pour lui permettre d’entrer, semblait la rendre nerveuse, au vu de la façon dont son sourire s’effaça et ses mains disparurent de la vue dès qu’il en vint au motif de leur rendez-vous.

Elle faisait pourtant de son mieux pour cacher ou évacuer cette tension. Pour ranger sa boîte à thé, elle fit preuve d’une délicatesse presque exaspérante, une version exagérée de la douceur dont elle avait fait preuve jusqu’à présent. Son regard et sa voix, eux, restaient concentrés et fermes, et son intelligence ne se laissait pas dépasser par la nervosité. Ses remarques sur la situation du pays, sa perception par la cour et ses conséquences étaient pertinentes et lucides.

Adelmiro était tellement passionné par la tournure que prenait cette discussion que quand il entendit frapper, il pesta intérieurement contre ce dérangement et l’ignora. Si l’impudent qui les interrompait persévérait, il le renverrait vertement : c’était toujours ainsi qu’il fonctionnait, si bien que tous ses domestiques personnels et ceux servant dans l’aile des ministres savaient qu’un silence était un ordre de renvoi, et qu’insister ne vous ferait gagner qu’une réprimande. Il avait oublié qu’il ne se trouvait pas dans son propre bureau.

C’est pourquoi quand Trishna permit d’entrer, il la regarda avec de grands yeux surpris. Réalisant sa méprise, il se détendit de nouveau et attendit patiemment que la domestique ait rempli sa tâche. Il jeta un coup d’œil diagonal aux biscuits qu’elle posa sur le bureau, réprimant une grimace. Au moins, se dit-il, s’agissait de gâteaux secs et non de ces pâtisseries à la crème prisées de nombreux courtisans. Il devrait pouvoir se montrer poli sans trop d’efforts.

Il s’attendait à ce que la servante se retire dès l’eau versée dans les théières mais elle n’en fit rien, se contenant de reculer de quelques pas pudiques. Adelmiro se sentit un peu déçu. Premièrement, cela signifiait que la discussion devrait encore attendre un peu avant de reprendre. Et deuxièmement, il n’aurait pas le plaisir de se verser lui-même son thé. La quasi-totalité des aristocrates était habituée à déléguer le moindre geste qu’ils pouvaient ne pas effectuer eux-mêmes, mais lui aimait se concocter lui-même ce breuvage, être au plus près des odeurs et des bruits qui se dégageaient. Et l’instant où le liquide teinté tombait dans la tasse, quand sa couleur ambrée ou sombre était mise en relief par le blanc laiteux de la porcelaine et que son parfum révélait toute son intensité, était l’aboutissement d’un processus presque magique dont il aimait être acteur, même modestement.

Il dissimula sa déception derrière un masque poliment neutre et releva les yeux vers Trishna. Elle le fixait avec le même genre d’expression, quoi qu’en plus détendue. Voyant son air confiant, il put lui sourire plus sincèrement.

Enfin, le thé fut servi et la jeune fille les laissa seuls et libres de reprendre leur discussion. Trishna saisit immédiatement cette chance. Mais sa dernière phrase, était-ce une flatterie ? Non, elle n’en avait pas fait preuve jusqu’à présent. Il ne s’agissait que d’une remarque factuelle, même si Adelmiro dut se rappeler intérieurement à l’ordre et ne pas en tirer trop de fierté.

Face à lui, son hôte avait déjà attrapé sa tasse et humé son parfum. Elle la tenait toute proche de son visage mais ne buvait pas, observant attentivement les gestes de son invité. Elle n’attendait que son signal pour y tremper les lèvres. D’humeur enjouée, Adelmiro eut l’envie de la faire poireauter un peu.

Il tendit lentement la main vers sa propre tasse. À l’instant où son index et son majeur se posaient sur l’anse délicate, il les retira légèrement et au lieu de se saisir du récipient, il le fit tourner doucement sur lui-même.

- Ce service est magnifique, dit-il avec une joie presque trop forcée pour être crédible. Les motifs sont d’une finesse remarquable, et les couleurs très vives. Il vient de l’atelier des Souris, je suppose ?

Impossible pour lui de garder son sérieux : alors qu’il relevait le visage pour interroger la demoiselle du regard, il pouvait sentir les coins de ses lèvres trembler. Se rendant soudain compte de la puérilité de cette taquinerie, il eut un peu honte de lui-même, mais ne se corrigea pas pour autant : s’il prit sa tasse en main, ce ne fut, lui aussi, que pour s’enivrer de ses arômes. La chaleur de la porcelaine et de la fumée le dissuadait de tremper immédiatement ses lèvres.

- Concernant l’attitude à adopter dans cette affaire, vous avez parfaitement raison, reprit-il. Vous avez mieux saisi la situation que certains de mes estimés collègues.

Par réflexe ou ironie, il utilisa le qualificatif d’usage mais ne cacha pas son dédain. Certains des autres ministres méritaient – et avaient – son respect mais d’autres, à ses yeux du moins, n’avaient aucunement sa place à ses côtés.

- Pour moi, il est impensable de prononcer une sentence qui impliquerait des excuses à la couronne. Cela serait perçu comme un serment d’allégeance extirpé sous la menace, une preuve à la fois d’arrogance et de faiblesse. Nous devons donc trouver une peine qui ne bénéficiera qu’à l’intendance du palais, pas à la reine elle-même.

Que ce thé sentait bon… Ni son envie de se jeter dans cette affaire ni celle, malicieuse, de faire attendre son hôte ne suffisaient plus à l’en distraire, et la chaleur lui paraissait tout compte fait supportable. Mettant fin à leur attente à tous les deux, il plongea ses lèvres dans le thé brûlant, jetant à Trishna Maänadil un regard excité de petit enfant.


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Trishna Maänadil
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MessageSujet: Re: La résolution d'une affaire et le commencement d'une autre [Adelmiro Ybaria]   Dim 5 Fév - 20:06

Trishna s’était presque attendue à ce que le ministre se jette sur sa tasse une fois celle-ci prête, vu la quasi-vénération dont il avait fait preuve envers sa boîte à sachet. Il n’en fit rien, choisissant à la place de… jouer avec la tasse délicate. En la faisant tourner sur elle-même. Trishna se redressa sur son siège en abaissant lentement sa tasse. Un non-respect des conventions n’annonçait généralement rien de bon. L’avait-elle offensé d’une quelconque manière ? Elle se repassa rapidement dans son esprit leur entrevue. Peut-être avait-elle répondu trop sèchement à son invitation ? Avait-elle parlé trop longtemps sans lui laisser le temps de s’exprimer ? Pourtant, elle n’avait pas vu d’agacement ou de colère sur le visage du ministre, il semblait plutôt l’écouter calmement et considérer ses propos.

Le voilà maintenant qui complimentait avec une joie exagérée ses tasses et lui demandait si le service provenait de l’atelier des Souris. Ne savant pas si sa question appelait réellement une réponse ou si elle était l’introduction d’une remontrance, elle attendit qu’il la regarde pour trouver dans sa figure, une quelconque réponse. L’air mi-inquiet, mi-surpris de l’intendante fondit alors complètement, laissant place à une authentique expression d’effarement.

Trishna n’avait pas rêvé, il se retenait de rire. Elle se retrouvait face à un ministre taquin. Elle ne prit même pas la peine de dissimuler son trouble – ou peut-être en était elle tout simplement incapable tant la situation lui semblait irréaliste. Le ministre était-il dans un de ses bons jours, ou les rumeurs qui courraient à son sujet étaient exagérées ? Car sur l’instant, cette espièglerie ne correspondait pas du tout à l’image qu’elle se faisait d’Adelmiro Ybaria. Les deux portraits, l’un dépeignant un homme calculateur, avide et froid, l’autre un homme civilisé et plutôt agréable, ne collaient tout simplement pas.

- Oui, c’est exact, de l’atelier des Souris.

La réponse positive, lâchée sur un ton presque embêté, rendait à elle seule la situation comique. Sans doute Trishna aurait rit d’une situation aussi cocasse si elle n’en avait été actrice.

Heureusement pour elle, le ministre redevint sérieux et cela lui permit de se reprendre. Ses paroles étaient tout ce dont elle avait besoin pour mieux saisir le personnage ; la frontière entre les deux portraits paraissait plus floue. Le ton dédaigneux qu’il avait utilisé en mentionnant ses collègues ne lui avait pas échappé. Ainsi, si ceux-ci se permettaient de le dénigrer, il le leur rendait bien, en  allant jusqu’à affirmer que son petit jugement d’intendante, aliéné par les frontières des classes, était plus juste que celui de professionnels aguerris.

- Je suis ravie que nos avis se rejoignent sur ce point, monsieur le ministre, affirma t-elle avec un petit sourire tout juste retrouvé lorsqu'il continua son exposition. Elle se détendit dans son fauteuil, soulagée qu’ils aillent dans le même sens et qu’elle se trouve visiblement dans ses bonnes grâces, du moins pour l’instant.

Il goûta finalement son thé avec un enthousiasme communicatif. Trishna laissa s’échapper un bref rire amusé devant l’enjouement enfantin du ministre, qui ne cesserait sûrement pas de la surprendre. Elle s’accorda quelques secondes de plus pour reprendre délicatement sa tasse et se renfoncer dans le moelleux de son siège, savourant son confort  et la bonne odeur du thé qui lui chatouillait les narines. Un remerciement murmuré au grand dieu, et elle trempait à son tour les lèvres dans sa tasse, appréciant la douce brûlure de la première gorgée et les arômes qui la suivait. Un peu trop puissants par rapport à ses goûts habituels, mais extrêmement appréciables tout de même.

Elle laissa le silence confortable perdurer dans la pièce, pour les laisser savourer leur boisson mais aussi pour réfléchir à leur affaire. Elle reprit finalement la parole – non sans avoir fait mine de fixer un tableau juste au dessus de l’épaule gauche du ministre, pour admirer à son aise la brillante grue cousue sur le tissu Qiang.

- J’avoue avoir des difficultés à imaginer une sanction juste et appropriée.

Elle croqua pensivement dans un petit sablé, qu’elle venait de prendre dans l’assiette posée sur le bureau.

- Une sanction financière est sans doute une valeur sûre. Cela est la norme dans les conflits financiers, et c’est ce qu’ils attendent. Mais cette punition viendrait à reléguer cette affaire comme un simple différent entre deux marchands ; alors que j’y vois une défiance symbolique des compagnies impliquées envers le pouvoir.

Alors qu’elle relevait la tête pour l’interroger du regard, elle remarqua qu’il semblait attendre avec intérêt la suite de sa réflexion. L’idée de le taquiner à son tour germa dans son esprit. Elle était curieuse de savoir comment il réagirait, et c’était un bon moyen pour tester son caractère. Avec un sourire malin, elle fit mine de réfléchir en faisant tourner sa tasse dans sa soucoupe, exactement comme il l’avait fait quelques minutes auparavant. Elle reprit finalement avec un ton des plus sérieux, qui ne suffisait pas à gommer pas le malice dans son regard.

- Une sanction financière combinée à une autre, plus symbolique, me paraîtrait satisfaisante. Peut-être en ne condamnant non pas les commerces, comme cela se fait habituellement, mais directement les individus impliqués ? Le message serait assez fort pour porter un caractère dissuasif, mais peut-être ne bénéficierait-il pas uniquement à l’intendance, contrairement à ce qui vous préoccupait tout-à-l’heure.
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Adelmiro Ybaria
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MessageSujet: Re: La résolution d'une affaire et le commencement d'une autre [Adelmiro Ybaria]   Jeu 9 Fév - 17:33


Si Adelmiro entendit le petit rire qui échappa à l’intendante, quand enfin il se décida à goûter son thé, il ne s’en offusqua pas. Il fut même ravi d’avoir produit son petit effet. Après tout, il l’avait bien cherché, à souffler ainsi le chaud et le froid. Puis le thé occupa toute son attention. Les différents constituants donnaient une grande profondeur de goût, chacun était dosé avec une précision remarquable, de façon à compléter les autres sans les masquer. À peine le thé vert cachait-il l’amertume du thé noir. Un travail d’orfèvre.

Il profita du silence de dame Maänadil pour s’enivrer un peu plus des parfums et des saveurs. Face à lui, elle semblait elle aussi s’intéresser avant tout à sa boisson. Pourtant, après quelques minutes, alors qu’il se demandait si elle l’attendait, il releva le visage et leurs regards se croisèrent presque. Elle faisait mine de fixer quelque chose derrière lui mais Adelmiro voyait que ses yeux ne pouvaient s’empêcher de glisser vers son épaule. Amusé – ou plutôt, flatté – de cette curiosité, il fit même de son mieux pour l’encourager : au lieu de se servir de son bras gauche pour porter sa tasse à ses lèvres, ce qui aurait dérangé la broderie, il utilisa exceptionnellement son bras droit, gardant l’autre moitié de son corps aussi immobile que possible. Il fallait reconnaître que cette grue était elle aussi une œuvre d’art, presque au même niveau que les thés de son hôte, et il n’allait pas refuser cette occasion de la faire admirer.

Puis arriva, immanquablement, le moment où il fallut revenir à la raison de sa présence. Se forçant à reléguer son plaisir personnel et sa vanité à l’arrière-plan, il écouta l’intendante avec attention. Elle avait raison en parlant d’une défiance symbolique du pouvoir, et il était curieux de savoir où cette réflexion la menait. Elle le laissa pourtant poireauter un instant, lui rendant la taquinerie qu’il lui avait infligé quelques minutes plus tôt. C’était de bonne guerre. Pour toute réponse, il la fixa du regard et but ostensiblement, une longue gorgée. Comme pour lui dire : « Faites traîner autant que vous voulez, j’ai de quoi passer le temps. » Le tout en ménageant un petit sourire qui déniait toute méchanceté dans cette malice.

Malheureusement, quand les précisions vinrent, Adelmiro se sentit obligé de protester, sur le coup par une petite exclamation étouffée, alors qu’il finissait sa gorgée, puis par une réponse plus argumentée lorsqu’il eut reposé sa tasse et que son interlocutrice eut finit sa phrase.

- Je pense, au contraire, que viser les individus donnerait à cette affaire une tournure personnelle, alors qu’elle doit rester professionnelle, commerciale. Si nous nous en prenons à eux individuellement, ils auront l’impression d’avoir offensé un individu – en l’occurrence la reine, puisque c’est à elle que ce palais est assimilé. Mais il est vrai qu’une simple sanction financière serait trop simple. À peine une tape sur la main. Que pensez-vous…

Il s’interrompit un instant, songeur, juste le temps de préciser l’idée qui germait petit à petit dans son esprit retors. Il ne souriait plus et son regard avait repris sa dureté habituelle. Le temps n’était plus à la taquinerie. Plus pour l’instant, du moins, mais au fond de lui, il espérait que ce temps reviendrait. Il avait beaucoup aimé l’air décontenancé puis complètement perdu de son interlocutrice, d’autant plus qu’elle ne semblait pas lui en tenir rigueur.

- Que pensez-vous de leur demander de fournir les marchandises qu’ils ont facturées sans nous livrer, plutôt que nous rembourser ? Et d’exiger qu’ils déchargent non pas aux quais réservés au palais mais à ceux de la rive droite, les obligeant à traverser la ville avec leur cargaison ? La population sera forcément curieuse, et les gardes assignés à la protection du convoi ne feraient pas de mystère de l’origine et la destination de cette cargaison.

« Ainsi, même si un simple remboursement peut passer pour un châtiment relativement clément, la mauvaise promotion que cela fera pour les compagnies concernées devrait leur servir véritablement de leçon. Et bien sûr, il sera hors de question pour le palais de continuer à faire appel à ces compagnies-là.

Il commença à boire une gorgée, comme pour signifier qu’il avait fini sa tirade, mais se ravisa à l’instant où le liquide effleurait ses lèvres.

- À moins que vous ne préféreriez de l’argent, bien sûr, se corrigea-t-il. Cela dépend des marchandises concernées, je suppose. De la possibilité de les conserver, et de la place dont vous disposez pour les entreposer. Dans le cas des produits périssables, le plus pratique serait certainement…

Cette fois, son interruption fut brusque, involontaire. Une autre idée, une autre manœuvre, plus osée encore que la précédente. Il n’était pas certain qu’elle accepterait, mais les retombées seraient telles qu’elles valaient de prendre le risque de briser la bonne humeur de cette rencontre.

- Si nous ne voulons pas que cette punition soit assimilée à la reine, voici le meilleur moyen : distribuer les produits périssables aux résidents de la rive droite.

Il tua dans l’œuf toute expression de surprise ou tentative de protestation d’un geste vif de la main.

- Logiquement, cela se tient, continua-t-il : voler le palais, c’est voler la reine ; voler la reine, c’est voler le royaume ; voler le royaume, c’est voler ses habitants. Il est donc normal que les habitants bénéficient de la punition des coupables.

« Nous ne pouvons bien sûr pas nous montrer trop généreux : l’intendance a tout de même été bien plus lésée que le petit peuple. Mais distribuer au moins une partie des produits périssables pourrait être un bon compromis, plutôt que de réclamer leur remboursement ou l’échelonnement de leur livraison. Et ce serait d’autant plus humiliant pour les contrevenants.

L’air plus grave que jamais, il reposa sa tasse sur le plateau et appuya ses coudes sur ses genoux pour se pencher vers dame Maänadil.

- Vous comprenez sans aucun doute que cette décision aurait des retombées politiques. Je ne vous imposerai donc pas de la prendre si vous ne voulez pas être mêlée à cela. Je vous laisserai le temps d’y réfléchir.

Il rapprocha son siège, venant le coller contre le bureau. Il était si près de son interlocutrice qu’il pouvait sentir le parfum fleuri de sa tasse, et même le sien, un peu plus musqué. Il inspira discrètement avant de reprendre.

- Si mes souvenirs sont bons, votre dossier ne contenait que quelques exemples de lignes de compte falsifiées et le total des sommes détournées. Auriez-vous la liste exacte des produits concernés, que nous l’examinions ensemble et voyions comment nous pouvons répartir le remboursement ? Cela pourrait peut-être vous aider à vous décider.

© 2981 12289 0


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