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    le Ven 30 Déc - 16:08

    C’était la fin de la première journée. Enfin pas vraiment, le soleil n’étant pas encore couché, mais Ernest avait visité plusieurs boutiques et c’était tout pour aujourd’hui. Il franchi la porte de l’auberge en pensant a tout ces pourparlers et monta dans sa chambre. Décidément, ici l’ambiance était très différente d’Hinide, d’autant plus qu’il n’était pas habitué a voyager. Il rangea certaines de ses affaires puis se dit que justement, il fallait profiter un peu de ce voyage, pour une fois qu’il quittait Hinide. Il ne garda donc que le nécéssaire, sa bourse et sa rapière, et se dirigea vers les remparts pour les atteindre avant le coucher de soleil. Il y arriva assez rapidement et emprunta les escaliers pour aller sur les créneaux. Il s’accouda à un créneau et regarda pensivement les derniers rayons de soleil du jour se refléter dans les cours d’eau entourant la ville. C’était une expérience assez rare pour lui mais il faisait un point sur sa vie. Il pensait a son travail, qui était aussi sa passion, a son père qui n’était plus de ce monde, et a sa solitude. Son père avait soufflés ces mots a son oreille sur son lit de mort : “Mon fils, je suis fier de toi, tu saura me succéder fièrement, et si je ne peut avoir qu’un regret en ce monde, c’est de ne pas avoir connu de petits enfants.”. Il est vrai que chez les Miller l’on organise un mariage que si le fils en a envie, c’était une tradition familiale. Et Ernest n’a jamais trop pensé à tout cela, et jamais suffisamment fréquenté de femmes pour s’en préoccuper.

        Un moine qui s’installa a côté de lui le tira de cette rêverie. Il était grand mais de corpulence très fine, et ne paraissait pas ni dangereux ni antipathique. Il le salua donc :

        - Bonjour

        Il ne savait pas vraiment s’il avait envie de parler avec cet homme, mais actuellement il se fichait pas mal de l’occupation qu’il pouvait avoir : tel qu’il en avait décidé, c’était n’importe quoi sauf du travail qui pourrait le détendre un peu, tant que ça l’amusait. Paradoxe puisque pour le moment il se lamentait intérieurement sur ses souvenirs. Cette vue du soleil bas et bien plus au sud que quelques mois auparavant, et également bien plus rouge, était splendide en revanche.


       


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    le Sam 7 Jan - 15:07

    Passer à autre choseavec Ernest
    Eiranos n’était que moyennement satisfait de sa visite chez l’armurier. Surtout parce qu’il s’était retrouvé à se poser des questions désagréables et confronté à des interrogations bien trop profondes à son goût. Il se rendait compte que son statut, quoique naturel et indéniable, ne s’imposait pas à lui avec l’évidence qu’il attendait.

    Sentant le cafard et le découragement l’envahir, il décida de monter sur les remparts. Il avait réalisé, lors de son voyage à travers la plaine de Bluire, que la vue depuis Muvaï lui manquait ; ou plutôt, plus que la vue elle-même, le fait de pouvoir contempler presque tout Ivria s’étendant à perte de vue, voir un continent entier allongé à ses pieds comme un peuple qui se prosterne.

    La vue depuis les remparts était loin d’être aussi impressionnante. Il pouvait voir le lac et les villages de pêcheurs sur ses berges, la grande route qui partait vers le Sud-Ouest, mais tout cela manquait de majesté. Après avoir dominé physiquement toutes les âmes vivant en ce monde, Eiranos avait été jeté au milieu de ces ignorants. Son champ de vision en était restreint, il se sentait enfermé. Comme un insecte tombé au fond d’un verre, englué dans du jus de fruit, incapable de grimper le long des bords du récipient ou de s’envoler.

    Il le devait, pourtant. Il n’avait pas été balancé ici pour dépérir et mourir. Il se força à lever les yeux du sol qui l’emprisonnait pour regarder le ciel. Les couleurs torrides du ciel du couchant réchauffaient le cœur plus que l’air froid ne glaçait le corps. Une consolation bien maigre mais qui avait le mérite d’exister.

    Sa mélancolie, cependant, ne disparut pas tout à fait. Il décida de l’oublier d’une autre façon : il avia un homme accoudé au parapet, un peu plus loin, et s’en approcha. Son regard songeur et sa barbe épaisse lui donnaient un air bougon, mais il prenait le risque.

    - Bonjour, le salua le bonhomme dès son arrivée.

    - Bonsoir à vous, répondit Eiranos avec un sourire qu’il voulait à la fois doux et assuré.

    Il se tourna de nouveau vers l’Ouest et le soleil couchant.

    - Le monde peut être magnifique, n’est-ce pas ? souffla-t-il. Quand je vois ces couleurs, je ne peux que remercier Dieu.

    Il s’interrompit un instant. Une approche sans la moindre subtilité, propre à faire fuir les cœurs encore trop peu croyants. Trop tard. Osant à peine respirer, il attendit la réaction de l’homme.




    Je prêche en #694E30
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    le Sam 21 Jan - 23:28


           


        - Bonsoir à vous

        Ernest avisa ainsi qu’effectivement il s’agissait de la fin de journée, et qu’il avait salué machinalement. Il était décidément trop perdu dans ses pensées et devait se recentrer sur la réalité.

           - Le monde peut être magnifique, n’est-ce pas ? Quand je vois ces couleurs, je ne peux que remercier Dieu.

           Voila bien longtemps qu’Ernest n’avait pas entendu parlé de religion mais cela ne le dérangeait pas, au contraire. Ce point de vue était totalement différent de son travail, et donc de ce dont il voulait s’échapper sur l’instant. Il était lui même assez croyant donc cela tombait bien et c’était un sujet qu’il n’avait pas abordé depuis longtemps. Il sautait cependant aux yeux que ce n’était pas vraiment le genre de réflexions que nourrissait la plupart des gens de cette ville, et que pour cette raison ce moine semblait gêné, il avait du laisser échapper sa pensée trop vite. Ernest engagea donc la conversation :

           - Vous n’êtes pas d’ici vous, non ?

           Il laissa un temps d’arrêt assez faible avant de rassurer le nouveau venu :

           - Ne vous inquiétez pas, moi non plus. En réalité ça fait plaisir de voir quelque gens pieux en cette ville. Ernest Miller, ingénieur militaire, ou peut-être ex-ingénieur vu la conjecture, enchanté.

           Il lui tendait une main franche avec un sourire assuré, prêt a embrayer sur une conversation religieuse avec ce nouveau venu. Il était content de cette opportunité de changer d’air et de sujet. L’origine du monde, les miracles… Voila une question vaste qui le passionnait également et dont il avait peu le temps de penser.


       


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    le Jeu 2 Fév - 23:27

    Ah, peut-être que… ?avec Ernest
    La première réponse du barbu ne rassura pas Eiranos : qu’on comprenne aussi vite qu’il n’était pas de la ville signifiait qu’il détonnait. Et s’il détonnait, cela signifiait que ses paroles ne seraient pas entendues, du moins pas écoutées avec l’attention qu’elles méritaient. Il ne put retenir une petite moue d’enfant vexé.

    La suite de la tirade de l’homme fut heureusement amicale. Eiranos se sentit soulagé, et heureux de pouvoir aborder ce sujet sans être jugé. Son interlocuteur se nomma et lui tendit la main.

    - Eiranos, se présenta le moine, ne citant que son prénom à la façon des ecclésiastiques. Je viens de Muvaï.

    C’était vrai, en un sens. Même s’il se garda bien de préciser qu’il était parti pour ne jamais en revenir, et à fortiori les raisons de ce départ. Il serra la main avec assurance mais en essayant de ménager une certaine douceur. Sûr de lui mais à l’écoute.

    - La piété ne semble effectivement pas faire partie de la vie de cette cité, continua-t-il. C’est bien dommage. Elle pourrait aider tellement de ces gens… Comment trouvent-ils la force de vivre dans de telles conditions ?

    Des heures plus tard et des centaines de pas plus loin, il pouvait encore sentir la puanteur qui flottait au-dessus des caniveaux à ciel ouvert des premières rues qu’il avait traversées. Il se demandait sincèrement ce qui gardait les habitants ici, dans une ville sombre, surpeuplée, bruyante, insalubre. D’autant qu’en y repensant, il n’avait aperçu aucun prêtre ni aucun temple, pendant sa traversée de la ville…


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    le Dim 5 Fév - 13:33


           


           Ernest était content de l’avoir bousculé, ça avait bien marché. C’était un certain humour qu’il cultivait. L’homme se rassura tout de même à sa seconde réplique.

        - Eiranos. Je viens de Muvaï.

        Voila qui ne semblait pas très étonnant. Comme Ernest lavait deviné, il n’était pas d’ici, mais était en plus de l’endroit le plus religieux de l’empire. Il serra sa main avec aplomb mais sans trop de force. Cela prouvait d’autant plus qu’il était plus en confiance. Ernest repensait à ses cours religieux dans son enfance, il avait toujours trouvé ça assez attirant, mais se passionnait bien plus pour la mécanique. Le religieux était nécessaire au monde, nécessaire aux gens.

           - La piété ne semble effectivement pas faire partie de la vie de cette cité. C’est bien dommage. Elle pourrait aider tellement de ces gens… Comment trouvent-ils la force de vivre dans de telles conditions ?

           Ernest sourit. Décidément, bien que lui même voyageait peu, cet homme encore moins. Cairne avait une réputation à des lieues à la ronde et il était difficile de ne pas savoir que les gens qui était ici voulait souvent n’avoir de comptes à rendre à personne, ni à l’empereur, ni à l’église.

           - Vous savez, les gens ici se cachent la plupart du temps, parfois de la noblesse, parfois de l’église et quoi qu’il en soit, aucun de ces gens ne veut avoir a rendre des comptes à personne, ni même à Dieu.

           Ernest faisait une moue un peu déçue lui aussi, il n’appréciait pas trop cette situation non plus.

           - Cette ville, c’est un peu l’égout de l’empire, tout ce qui ne veut pas être vu se cache dedans, et plus c’est insalubre, mieux c’est caché. Ça doit beaucoup vous changer de Muvaï.

           Ernest marqua une pause et regarda dans le lointain. Lui aussi était dépaysé, la capitale était plus organisée, plus sure et mieux fréquentée.

           - Si vous êtes ici pour les faire prêcher vous n’aurez pas beaucoup de clients en tout cas.

           Ernest se replongea dans sa contemplation, toujours dans ses pensées. Il n’appréciait pas trop cette ville non plus, mais était la pour affaires et n’avait pas le choix. Au moins cela le changeait un peu d’air.


       


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    le Mer 8 Fév - 0:19

    Trouver les motsavec Ernest
    Eiranos écouta attentivement la réponse d’Ernest. Les sourcils froncés et les lèvres serrées, comme pour froisser son visage en un entonnoir et diriger physiquement sa concentration vers son interlocuteur. Ce qu’il disait n’était pas tout à fait nouveau : il connaissait la réputation de Cairne. Muvaï était certes différent mais pas totalement coupé du monde.

    Ce que l’ingénieur disait à propos de se cacher, par contré, était plus inédit. Eiranos n’avait jamais imaginé que qui que ce soit puisse vouloir se dissimuler aux yeux de Dieu. L’idée lui paraissait même grotesque : tromper un être parfait et omniscient, quelle absurdité ! Ne pas penser à Lui, effacer tous les bâtiments et symboles se rapportant à Lui pouvait donner l’illusion qu’on lui échappait mais ce n’était qu’une illusion.

    Il ne devrait bien sûr pas présenter les choses de cette façon. D’autres curés avaient certainement essayé de leur faire entendre raison – du moins, leur propre raison – mais visiblement, ils s’étaient cassés les dents. Mais il y avait forcément un moyen de faire entendre sa voix.

    - Je suis effectivement là pour ça, répondit-il distraitement à Ernest. Mais ce que je vais leur dire, ils ne l’auront probablement jamais entendu.

    Il se retourna et s'approcha du parapet opposé. À mesure que le soleil éteignait ses flammes dans la mer de l’Ouest, les lampes à huiles qu’allumaient les Cairniens soulignaient les rues, telles des gouttes de rosées sur une toile d’araignées.  Et dans les trous noirs laissés par ces lanternes, des hommes et des femmes se couchaient en se croyant abandonnés. Saisi par une bouffée d'empathie telle qu'il n'en avait jamais ressenti, Eiranos écarta les bras, comme s'il voulait serrer contre son cœur toutes ces pauvres âmes perdues.

    - Je ne leur parlerai pas de l’Église, continua-t-il sans regarder Ernest, ne sachant pas s’il s’adressait à lui ou directement à la ville à ses pieds. Je ne leur parlerai pas de salut, pas de destin, pas d’actes pieux ni de péchés. Je trouverai les mots pour qu’ils comprennent que Dieu n’est pas là pour les juger mais pour les accompagner. Et que je suis là pour ça.

    Cette certitude quant à son rôle, quant à la raison de sa présence en ce monde, le rassura et fit naître un nouveau sourire. Il se sentait tellement mieux en ce monde qu’à Muvaï. Même sans… Non, il refusait d’y penser : il était mieux ici, il était à sa place, c’était tout ce qui devait compter.


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    le Mer 26 Avr - 23:36


           


           Il avait écouté avec une grande attention. Cela l’intéressait, beaucoup. Beaucoup plus que ce que l’ingénieur avait pensé.

           — Je suis effectivement là pour ça, mais ce que je vais leur dire, ils ne l’auront probablement jamais entendu.

        Ernest releva un sourcil. Cet homme d’église semblait avoir une certaine originalité, par rapport à ses pairs. Il alla de l’autre côté de la muraille, du côté de la ville, tendit les bras et se mit à parler ainsi, face à la foule, on eut cru qu’il prêchait, et Ernest ne savait plus trop si les mots lui étaient destinés ou si il s’adressait aux personnes qui grouillaient dans cette fourmilière géante, qui rentraient pour la nuit, rangeaient les stands des marchés, se frayaient un chemin parmi les rues encombrées par des carrioles de divers types, et ne prêtaient absolument aucune attention aux deux hommes sur les murailles, illuminés par derrière dont l’un ouvrait les bras tel un grand homme accueillant une foule pour faire son discours, réclamant l’attention. C’était le contraste entre l’homme qui semble s’adresser à une foule captivée et cette masse grouillante qui n’y portait aucun intérêt, qui ne s’intéressait qu’a ses diverses occupations.

        — Je ne leur parlerai pas de l’Église. Je ne leur parlerai pas de salut, pas de destin, pas d’actes pieux ni de péchés. Je trouverai les mots pour qu’ils comprennent que Dieu n’est pas là pour les juger mais pour les accompagner. Et que je suis là pour ça.

           Il en émanait une force de conviction impressionnante. Mais il ne semblait pas à sa place. Cette scène n’avait pas la foule captivée qu’elle aurait du avoir. C’était le berger qui avait un troupeau de chevaux sauvages, mais il était suffisamment déterminé, et ne comptait pas les dresser comme ses prédécesseurs mais juste les guider. C’était juste beau. Ce surréalisme de la scène, cette conviction, cette motivation et surtout cette ambition. Ernest prit quelques instants pour contempler cette scène. Il avait l’impression que dans quelques temps, il entendrait à nouveau parler de cet homme.

           — Vous n’êtes pas vraiment envoyé par l’Église n’est-ce pas ? Je veux dire il est certain que votre éducation vient au moins en partie d’eux mais votre vision est différente. Ce n’est pas un reproche, c’est plutôt le contraire, votre approche à plus de chances de réussir ici selon moi.

           Ernest s’appuya à côté d’Eiranos. Lui-même n’était pas particulièrement à cheval sur les principes religieux, bien qu’il était comme tous les Ivrians attaché au concept divin et très croyant, il était plus libéré sur comment l’exprimer. Il se perdit dans la contemplation de la ville en contrebas alors que la luminosité déclinait. Un garde passait pour allumer les torches du chemin de ronde sur lequel ils étaient.

           


       


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    le Sam 29 Avr - 14:31

    Oups, repéré…avec Ernest
    Après sa tirade inspirée, Eiranos garda la pose quelques secondes, comme pour laisser à ses paroles le temps d’imprégner la foule d’’auditeurs qui aurait dû se trouver face à lui. Il n’attendait pas d’acclamation, autant parce qu’il savait bien que ce soir-là, il n’avait d’autre public que l’ingénieur, que parce qu’il ne souhaitait pas tant provoquer les applaudissements que la réflexion. Seulement, il trouvait qu’une minute de silence, comme si temps était suspendu, donnerait à ses mots une résonnance marquante.

    Juste quand il abaissait lentement ses bras, Ernest prit la parole derrière lui.

    - Vous n’êtes pas vraiment envoyé par l’Église, n’est-ce pas ?

    Cette phrase le glaça. Son imposture était si évidente que cela ? Heureusement, ce qu’il pensait être une critique, voire l’introduction d’une menace, se révéla n’être qu’une constatation, sans conséquences. Eiranos l’accueillit avec un sourire et se détendit. S’accoudant sur le parapet, il répondit doucement.

    - Non, effectivement, l’Église ne sait pas que je suis là, reconnut-il. Je ne vous ai cependant pas trompé : j’ai bien été ordonné moine à Muvaï, après y avoir fait mon noviciat. J’ai simplement quitté le monastère il y a peu.

    Contrairement à ce qu’il laissait croire, il n’était toujours pas parfaitement honnête, sinon il aurait précisé qu’il n’avait pas choisi de partir, mais il n’était pas encore prêt à parler de cela et à répondre aux questions qui risquaient de suivre.

    - Je n’ai pourtant pas pu me résoudre à abandonner l’état d’ecclésiastique, continua-t-il comme si de rien n’était. D’autant que ce que j’ai vécu m’a ouvert les yeux et à présent que je n’ai plus à rendre compte de mes actes et de mes paroles au grand heirst, je peux apporter la vérité à tous ceux que le pouvoir aimerait garder dans l’ignorance.

    N’était-il pas en train d’en dire trop ? Une fois de plus, sa bouche s’était mise en branle avant que son esprit ne se décide. Mais n’était-ce pas précisément ce qu’il était en train d’expliquer ? Son esprit était totalement ouvert au monde, il avait réussi à se débarrasser des œillères qu’on voulait lui faire garder et à présent, il agissait à l’instinct. S’il s’était ainsi confié, c’était qu’il savait que cette confession serait bien accueillie, et non raillée ou dénoncée.


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    le Mer 17 Mai - 19:06



    Au début des paroles d’Ernest, son interlocuteur se raidi. En entendant la suite, il se détendit et sourit. Ernest l’avait probablement un peu brusqué.

    — Non, effectivement, l’Église ne sait pas que je suis là. Je ne vous ai cependant pas trompé : j’ai bien été ordonné moine à Muvaï, après y avoir fait mon noviciat. J’ai simplement quitté le monastère il y a peu.

    Ernest trouvait ça un peu étrange. Il était rare qu’un moine quitte le monastère. Il n’allait cependant pas faire de remarque pour ne pas le gêner d’avantage. Cet interlocuteur imprévu semblait vouloir cacher des choses sur les bases de sa présence ici. Ernest respectait donc son secret et n’allait pas creuser plus profond, il n’était pas la pour se faire des ennemis.

    — Je n’ai pourtant pas pu me résoudre à abandonner l’état d’ecclésiastique. D’autant que ce que j’ai vécu m’a ouvert les yeux et à présent que je n’ai plus à rendre compte de mes actes et de mes paroles au grand heirst, je peux apporter la vérité à tous ceux que le pouvoir aimerait garder dans l’ignorance.

    Effectivement, c’était bien plus qu’une volonté personnelle, mais un acte politique. Il était compréhensible que cet homme ai des choses à cacher. En soit, cela ne dérangeait pas Ernest. Mais il y avait fort a parier que cet homme aurait des problèmes avec les autorités. Il faudrait suivre cela avec intérêt.

    — C’est une noble démarche, mais je pense qu’elle risque d’être semée d’embuches, je ne puis que vous recommander d’être prudent.

    Le soleil avait maintenant complètement disparu, et la luminosité commençait sérieusement a baisser. Des points lumineux s’allumaient un peu partout dans la ville, pâle reflet des étoiles qui s’allumaient dans le ciel. Ernest n’allait pas tarder à retourner a son auberge. D’ailleurs, sa dernière phrase avait pour but de convaincre son interlocuteur que la conversation touchait a sa fin, mais Ernest ne savait pas comment finir une conversation informelle.




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    le Dim 21 Mai - 18:43

    Avec ou contre moiavec Ernest
    La réaction d’Ernest fut calme. Pas emprunte de l’indignation qu’Eiranos craignait, mais pas vraiment encourageante non plus, loin de là. Il s’était un peu avancé en pressentant un « bon accueil »…. Autant pour sa bonne intuition. Un peu vexé, fâché contre lui-même, il serra les lèvres et détourna le regard pour ne plus voir que la ville à ses pieds.

    Le soleil n’était pas encore tout à fait couché mais les murailles projetaient leur ombre gigantesque sur toute la ville, la plongeant précocement dans le noir. Les lampes à huile qui s’allumaient n’étaient que de minuscules points de lumière, des lucioles dans une immensité de ténèbres. Il eut envie de souffler sur ces braises pour les faire grandir, qu’elles enflamment la ville et lui rendent sa clarté et ses couleurs originelles. C’était tout ce qu’il souhaitait à cette ville engloutie par les ténèbres de la nuit et de l’ignorance : qu’elle retrouve une vie heureuse, libérée de la peur de la nuit et de l’enfer que le cycle de l’univers et leur Église corrompue leur promettaient.  

    - Je le serai. Prudent, mentit-il d’un ton assuré. Mais il ne saurait m’arriver de malheurs. Dieu ne saurait l’accepter.

    « De toute façon (Il continua sur un ton léger, comme si ce qu’il s’apprêtait à dire n’était qu’un détail comparé au reste, et pourtant il ressentit le besoin de l’ajouter), dans mon état actuel, je ne représente pas un danger pour le grand heirst. La question de ma sécurité se posera quand la vérité aura commencé à se répandre et l’Église à perdre de son influence.

    Il se redressa et se tourna vers l’ingénieur.

    - À moins, bien sûr, que vous ne me dénonciez.

    Il le fixa du regard durant plusieurs secondes avant de se retourner.

    - Vous avez le temps de vous décider, déclara-t-il en s’éloignant lentement : je resterai en ville quelques jours, au moins. Et vous n’aurez aucun mal à me trouver.

    C’était quoi, cette déclaration théâtrale ? Une provocation ? Il était si sûr que ça qu’Ernest n’allait rien faire ? Son intuition n’avait pas été tout à fait juste, quelques minutes plus tôt, alors pourquoi ne se planterait-elle pas carrément, cette fois ? Tant pis. Trop tard. Encore. De toute façon, ce n’était pas comme si Ernest avait besoin de son invitation pour pouvoir le dénoncer. Si ce qu’il avait entendu l’avait plus choqué qu’il ne le montrait, il devait y avoir pensé tout seul.

    En réalité, il voulait un complice. Quelqu’un qui serait de son côté. Parce que si Ernest ne faisait rien, cela signifiait qu’il n’était pas contre lui, et à ses yeux, il n’y avait qu’une seule alternative. Une façon comme une autre (enfin, peut-être moins efficace que d’autres, mais tout de même une façon valable) de se sentir moins seul face à l’ampleur de la tâche qu’il s’était fixée.

    Arrivé en haut d’escaliers lui permettant de retourner dans les rues étroites et sombres de la ville, il s’arrêta et regarda une nouvelle fois son interlocuteur, comme pour lui offrir une dernière chance de dire quelque chose.


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    le Mer 24 Mai - 14:45



    Une odeur montait. L’odeur de la nuit. Une odeur d’huile et de bois sec brulé, et de charbon. Cairne utilisait du charbon, alors que les beaux quartiers de la capitale n’en utilisait quasiment pas, ce qui facilitait le nettoyage des bâtiments. Ici, une couche de suie en recouvrait la plupart, mêlée à de l’huile venant des torches et des lampes. Bientôt, les portes de la ville seraient fermées, et tout le monde serait pour la nuit bloqué dans ce cocon de suie et de crasse ou l’odeur de l’huile et du bois brulé se mêlait a celle de la sueur. C’était un terrier de proies et de prédateurs qui n’en semblait que plus instable à la nuit tombée.

    — Je le serai. Prudent. Mais il ne saurait m’arriver de malheurs. Dieu ne saurait l’accepter.

    C’était une foi inébranlable, et qui pouvait facilement passer pour une blague dans cette ville, dont le claquement des lourdes portes de Robier indiquait aux deux hommes qu’ils étaient pris au piège avec tous ces gens, dans cet endroit passablement inquiétant.

    — De toute façon, dans mon état actuel, je ne représente pas un danger pour le grand heirst. La question de ma sécurité se posera quand la vérité aura commencé à se répandre et l’Église à perdre de son influence.

    Ça, c’était plutôt évident. Il l’annonça sur un ton de détail sans importance propre à dédramatiser la chose. Ce n’était pourtant pas anodin de s’opposer idéologiquement à l’une des puissances les plus influentes de l’empire, avec l’Empereur. Il se redressa alors et se tourna vers Ernest.

    — À moins, bien sûr, que vous ne me dénonciez.

    Il se retourna a nouveau face a la ville. Il ressemblait a quelqu’un qui sait qu’il s’apprête a faire une bêtise, mais qui va la faire quand même, pour la seule raison qu’il veut se faire remarquer. Un peu comme ces enfants qui veulent faire leurs intéressants.

    — Vous avez le temps de vous décider : je resterai en ville quelques jours, au moins. Et vous n’aurez aucun mal à me trouver.

    Il s’éloignait alors lentement. Ernest rit un peu et se mit à marcher derrière pour le rejoindre. C’était idiot, il ne comptait pas dénoncer cet homme. Déjà, il n’avait pas d’intérêt à le faire, mais en plus c’était assez cruel. Cet homme lui avait accordé sa confiance, le dénoncer reviendrait à dire qu’il était indigne de confiance. Son interlocuteur était maintenant en haut des escaliers qui redescendaient dans ce gouffre.

    — Allons, je n’ai aucun intérêt à vous dénoncer. Je vous l’ai dit, je suis plutôt d’accord avec votre vision des choses. Je vais moi même peu à l’Eglise car je préfère honorer Dieu par mon travail en l’accomplissant du mieux possible. Il va sans dire que pour le moment vous ne représentez pas de danger pour l’Eglise et ses institutions, mais si je vous ai dit d’être prudent, ce n’était rien de plus qu’un conseil. Si vous en venez a repartir, alors je vous souhaite bon voyage. Si d’aventures vous passez par Hinide, ma porte vous est ouverte.

    Ernest regardait Eiranos d’un air amical. Libre à lui de partir sur ces entrefaites ou de continuer la discussion. Dans un cas comme dans l’autre, Ernest ne tarderait pas a prendre congé pour aller à l’auberge qu’il avait réservé.




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    le Ven 2 Juin - 23:49

    Une invitation à réfléchiravec Ernest
    Eiranos serra les lèvres, passablement vexé, quand Ernest rit. Il riait de lui, se moquait de lui. Il s’était rendu compte qu’il avait sans doute été un peu excessif mais de là à ce qu’on se permette de le lui faire remarquer de cette manière… Heureusement, quand Ernest prit la parole, Eiranos se rendit compte qu’il s’était mépris : l’ingénieur riait de l’idée même de la dénonciation, pas de son côté théâtral.

    Un peu rassuré, il écouta le reste de la tirade. Il sourit à son tour mais n’infligea pas à son interlocuteur la vexation qu’il venait de subir, même brièvement. Pourtant, il aurait pu, lui aussi, rire de l’idée que l’ingénieur venait de lancer.

    - À Hinide ? répéta-t-il. Ce sera sans doute le dernier endroit où je me rendrai. Là-bas, je serais en danger. L’Église me laissera dire ce que je veux dans une ville de mécréants comme Cairne ou dans ces campagnes dont ils ont même oublié l’existence mais si j’essaie de saper leur autorité dans la capitale même, ils me feront taire très vite.

    L’ingénieur étant arrivé près de lui, il commença à descendre l’escalier qui courait le long du mur.

    - Et je ne suis pas prêt à mourir, vous savez, lança-t-il en élevant la voix, pour être sûr que l’ingénieur, derrière lui, l’entendrait. L’Empire n’est pas prêt pour ma mort.

    Cela sonnait bien, trouva-t-il avec satisfaction, aussi laissa-t-il cette phrase résonner quelques secondes avant de reprendre :

    - Mais merci pour votre invitation. J’espère sincèrement qu’un jour, je pourrai l’honorer…

    … car cela signifiera que je serai devenu si puissant que l’Église elle-même ne pourra m’empêcher de faire intrusion sur son propre territoire, pensa-t-il avec un large sourire.

    Arrivé en bas des escaliers, il se retourna vers l’ingénieur.

    - Mon auberge est par là-bas, dit-il en montrant du doigt la plus grande avenue de Cairne, près de laquelle ils étaient arrivés.

    Il avait pris soin de choisir un établissement qu’il pourrait facilement retrouver : il n’avait aucune envie d’errer au hasard dans les ruelles à la nuit tombée.

    - Peut-être la vôtre aussi ? continua-t-il. Je serais ravi de faire encore un bout de chemin avec vous. Mais si nos routes se séparent là, je vous souhaite une très bonne continuation.


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    le Mer 21 Juin - 18:45


           


           — À Hinide ? Ce sera sans doute le dernier endroit où je me rendrai. Là-bas, je serais en danger. L’Église me laissera dire ce que je veux dans une ville de mécréants comme Cairne ou dans ces campagnes dont ils ont même oublié l’existence mais si j’essaie de saper leur autorité dans la capitale même, ils me feront taire très vite.

        C’était évident, mais Ernest ne parlait pas d’une visite à Hinide pour répandre une parole différente que celle de l’Église, si ce moine renégat venait à Hinide, il lui faudrait rester discret. Eiranos commença à descendre l’escalier. Ernest le suivi, de toute façon c’était son chemin aussi.

        — Et je ne suis pas prêt à mourir, vous savez. L’Empire n’est pas prêt pour ma mort.

           Ernest sourit devant la formulation. Seul le temps dirait si cela se confirmait, si ce renégat deviendrait effectivement un homme important, haï de l’Église et acclamé des pauvres.

           — Mais merci pour votre invitation. J’espère sincèrement qu’un jour, je pourrai l’honorer…

           Ernest appréciait beaucoup que cette homme suive ses convictions jusqu’au bout. D’ailleurs, c’était là la vraie voie que l’Église devait encourager, même si il paraissait certain qu’elle n’encouragerait pas les convictions d’Eiranos. En fait, le moine était plus religieux se faisant que la plupart de ses ex-confrères ecclésiastiques qui se noyaient dans leurs livres, faisant taire toute voix dans leur tête qui irait à l’encontre des écrits. Ils s’effaçaient en fait devant des convictions qui n’étaient pas les leurs.

           — Mon auberge est par là-bas.

           Il montrait du doigt l’avenue principale, ou par simplicité Ernest avait aussi choisi son établissement. C'était tout simplement la première avenue en arrivant dans la ville, c’était donc plus simple pour y choisir une auberge. En vérité il appréciait bien cet homme et le fait qu’ils aient le même chemin le poussa dans l’idée qu’ils pourraient très bien finir cette discussion autour d’une pinte.

           — Peut-être la vôtre aussi ? Je serais ravi de faire encore un bout de chemin avec vous. Mais si nos routes se séparent là, je vous souhaite une très bonne continuation.

           Ernest ne voulait pas que cette conversation se termine ici, il appréciait cet homme et voulait faire plus ample connaissance. Quoi de mieux pour cela qu’une bonne pinte.

           — Vous savez quoi ? Je vous apprécie bien, pourquoi ne viendriez vous pas continuer cette discussion autour d’une pinte ? Mon auberge est juste à côté. J’offre la tournée bien entendu.

           Ernest sourit à Eiranos en le regardant pour voir sa réaction à cette proposition.


       


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    le Sam 8 Juil - 22:38

    Et c’est repartiavec Ernest
    Eiranos ne savait pas trop à quoi s’attendre : son interlocuteur allait-il se montrer pressé de le quitter, embarrassé par ses déclarations bien peu religieuses, ou curieux ? Il n’eut pas à se poser la question bien longtemps : quelques secondes seulement après son invitation/salutation, Ernest lui proposa joyeusement de venir boire avec lui. Eiranos eut bien du mal à ne pas afficher, sur son visage trop honnête, toute sa joie et sa fierté.

    - Avec plaisir !

    Il réalisa l’évidence avec quelques secondes de retard : que par « pinte », l’ingénieur parlait sans doute de bière. À Muvaï, en tout cas, c’était la principale boisson du peuple laïc, tandis que les moines préféraient le vin ou l’hypocras. Les rares fois où Eiranos y avait goûté, quand il n’avait pu refuser poliment l’invitation de fidèles qu’il avait visités, il avait trouvé le breuvage amer et astringent

    Il écarta ce détail d’un haussement d’épaules. La boisson n’était pas la principale raison pour accepter cette entrevue. La conversation avec Ernest promettait d’être intéressante et saurait sans doute lui faire oublier le mauvais goût. Mais un gargouillis s’éleva, comme une protestation de son estomac. N’ayant rien avalé depuis le matin, il n’avait visiblement pas envie de n’être rempli que de bière. Eiranos se retint de porter la main à son ventre, peu désireux d’attirer l’attention sur cette petite défaillance temporaire. Il se commanderait un bol de soupe, ça le réchaufferait par la même occasion. Il espérait juste que l’ingénieur ne s’était pas choisi un établissement trop haut de gamme (si tant est qu’il y en ait un, dans ce repaire de va-nu-pieds), ou qu’il prendrait pitié d’un ecclésiastique affamé et transi, parce que plus il y pensait, plus il craignait que son pécule ne s’épuise vite.

    Pressé par le froid qui tombait vite, une fois le soleil couché, il tenta d’accélérer un peu le pas, tout en s’assurant du regard qu’Ernest tenait le rythme.

    - Alors, je ne vous ai pas trop choqué ? demanda-t-il. Plus d’une personne aurait préféré me fuir et prétendre ne rien avoir entendu…




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    le Mar 1 Aoû - 22:31



    — Avec plaisir !

    Une remarque enthousiaste, mais qui semblait aussi un peu gênée, Eiranos ne semblait pas tout à fait à l’aise. Quelque chose le dérangeait et Ernest ne savait pas si ça avait un lien avec ses idées, le fait de se faire inviter, ou peut-être l’idée qu’il se faisait de l’établissement que l’ingénieur aurait pu choisir. Il est vrai qu’Ernest n’avait pas choisi le bas de gamme, sa position sociale et financière Le lui permettait, mais il n’avait pas non plus pris un établissement trop luxueux, cela représentait premièrement une somme importante, et il ne possédait pas la richesse d’un noble, et ça risquait aussi de Le dépayser. Sa maison était certes grande, elle était sans grande prétention. Il avait donc opté pour une auberge qui avait une petite réputation tout de même, mais accueillait surtout des marchants et des artisans qui avait assez bien réussi. Les chambres n’étaient pas excessivement grandes mais tout était propre, pas de crasse sur le sol, les lits étaient recouverts de draps qui devaient être changés au moins une fois par mois, il y avait par ci par là des petits pots de fleurs modestes.

    Il se dirigeait donc vers l’auberge en question « Le tonneau du confluent ». Le nom n’était pas si mal et le bâtiment assez avenant. Alors que les deux hommes approchaient, Eiranos prit la parole.

    — Alors, je ne vous ai pas trop choqué ? Plus d’une personne aurait préféré me fuir et prétendre ne rien avoir entendu…

    Ernest rit à nouveau un peu :

    — Ahah, il en faut plus pour m’impressionner. Je ne suis pas prude et en réalité ma pensée va plutôt de votre côté. Par contre il ne faudra peut-être pas aborder à nouveau ce sujet dans l’auberge, les clients sont souvent des marchants et il ne serait peut-être pas avisé qu’on prenne le risque d’être entendus.

    Sur ces mots l’ingénieur pousse la porte, ouvrant un huis vers une autre dimension. De la chaleur, une odeur d’alcool et de mets chauds, et surtout un brouhaha d’auberge, parfois ponctué de quelque rire qui se serait démarqué par son timbre qui le fait ressortir du flot de mots indiscernables qui emplit l’atmosphère. Il y avait pas mal de monde, ce qui était normal à cette heure-ci. Ernest plongea dans cet océan de bruit pour aller se mettre au comptoir, là où il y avait la place pour être deux côte à côte. Le barman rinçait vaguement une chope avant de les remarquer.





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    le Lun 14 Aoû - 16:08

    Le vif du sujetavec Ernest
    Au grand soulagement d’Eiranos, l’ingénieur n’hésita pas une seconde. Il rit même de sa question, comme si l’affirmative était inenvisageable. Il jugea tout de même nécessaire de lui prodiguer un conseil :

    - Par contre, il ne faudra peut-être pas aborder à nouveau ce sujet dans l’auberge, les clients sont souvent des marchants et il ne serait peut-être pas avisé qu’on prenne le risque d’être entendus.

    Et sans attendre de réponse, il pénétra dans l’auberge du Tonneu du confluent. Eiranos se souvenait être passé devant, lors de sa recherche d’un gîte, et de l’avoir écarté pour une raison mal définie. Le moine accordait une grande importance à ses impressions, à son ressenti, et cet établissement ne l’avait tout simplement pas attiré, mais il n’avait rien de précis à lui reprocher. Il y entra donc sans réticence.

    Il y régnait un frémissement joyeux, fait de conversations bon enfant, de rires et de quelques disputes vite oubliées. Eiranos vit une main baladeuse se perdre sur les courbes d’une serveuse qui se glissait entre les bancs encombrés mais une tape vigoureuse sur les doigts et un rappel à l’ordre de l’aubergiste suffirent à éteindre l’ardeur du client trop tactile. Ses compagnons se moquèrent bruyamment de lui et commandèrent une nouvelle tournée pour consoler leur ami si malheureux en amours. L’établissement semblait être respectable, jugea le moine, et il se détendit un peu.

    Tandis qu’Ernest allait s’asseoir au comptoir, Eiranos s’approcha de la cheminée. Le feu qui y brûlait vivement léchait une marmite fumante et l’odeur qui s’en échappait titillait sa faim. De la soupe de lentilles, jugea-t-il d’après l’aspect et le parfum du contenu. Parfait. Plus affamé que jamais, il alla prendre place à côté de l’ingénieur. Il laissa Ernest commander les boissons puis demanda pour lui-même un bol de soupe.

    - Pourquoi serait-il plus dangereux pour nous d’être entendus par des marchands que par d’autres ? .demanda-t-il alors que le tenancier s’éloignait. Eux aussi sont contraints de vivre dans un ordre que l’Église leur impose, prétendant qu’il s’agit de la volonté de Dieu alors qu’ils n’agissent que selon leurs propres intérêts. Ils n’en souffrent peut-être pas autant que les indigents de Cairne mais ils méritent de connaître la vérité..




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    le Mar 16 Jan - 16:25


           


           Ernest commanda deux pintes de bière, glissant un regard vers le moine qui l’accompagnait, mais comme celui-ci ne releva pas, le choix de la boisson devait être correct. Son compagnon demanda aussi une soupe de lentille. Ernest jugea que c’était une bonne idée et en ajouta une pour lui également. Alors que le barman partait honorer leur commande, Eiranos suspendit son observation de l’établissement et reprit la parole :

           — Pourquoi serait-il plus dangereux pour nous d’être entendus par des marchands que par d’autres ? Eux aussi sont contraints de vivre dans un ordre que l’Église leur impose, prétendant qu’il s’agit de la volonté de Dieu alors qu’ils n’agissent que selon leurs propres intérêts. Ils n’en souffrent peut-être pas autant que les indigents de Cairne mais ils méritent de connaître la vérité...

        Ernest soupira intérieurement. Même si les paroles de l’ecclésiastique étaient vraies, il restait un commerçant renommé et ne voulais pas risquer de perdre sa situation car c’était tout ce qu’il avait dans sa vie, et la seule chose qui put le rendre heureux. L’Église savait traquer et punir ses opposants de manière ferme, et il ne tenait pas à subir ces punitions alors qu’à dire vrai, même si le moine avait raison et défendait un idéal juste, tant que l’Église ne l’empêchait pas d’étudier l’ingénierie et de concevoir de nouvelles machines, peu lui importait. Eiranos était quelqu’un de bien, mais Ernest doutait qu’il put tenir tête à l’Église bien longtemps.

        — Écoutez, même si je partage votre opinion, je ne souhaite pas être associé à votre mouvement, j’ai une réputation à maintenir. Votre cause est juste mais je ne pense pas que vous ayez beaucoup de chances d’atteindre votre but, et, aussi triste que cela puisse être, je ne tiens pas à tomber avec vous.

           Ernest s’interrompit pendant que le barman apporta deux chopes pleines et deux bols de soupe. Il en profita pour aligner quelques plaques sur le comptoir que le barman saisit avec sa main épaisse. Il payait le repas car il aimait bien son interlocuteur.

           — Bon, parlons plutôt… De vous, tiens, comment êtes vous rentré dans les ordres ?

           Ernest rafraichit son gosier et ses pensées avec une bonne gorgée de bière. Elle n’était pas extraordinaire mais restait bonne pour cette ville moins luxueuse que la capitale. Puis réfléchissant à sa question, il fit un ajout :

           — Ou de moi si vous voulez, si ça vous intéresse.

           Il attaqua alors sa soupe aux lentilles en prêtant attention à la réponse de son interlocuteur.


       


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    le Jeu 1 Fév - 19:17

    Sociabilisonsavec Ernest
    Eiranos avait posé la question par véritable curiosité. Il ne saisissait pas trop le raisonnement de l’ingénieur mais il se doutait que c’était surtout par manque de connaissance du monde extérieur. Aussi écouta-t-il attentivement l’explication d’Ernest. Ce n’était pas exactement la réponse qu’il espérait mais elle était intéressante. Entendre parler de son « mouvement » le gonfla d’une certaine fierté : qu’on puisse croire qu’il avait réussi à fédérer était une sorte de compliment, et la preuve d’une certaine foi en son entreprise. Les craintes du citoyen étaient plus compréhensibles, et même presque plus flatteuses que critiques. Elles sous-entendaient une foi en la capacité d’Eiranos à déranger l’Église.

    En négatif, Eiranos comprit la réponse à son étonnement : pourquoi les marchands seraient-ils plus à craindre que d’autres ? Parce qu’ils avaient plus à perdre. Parce que eux risquaient de préférer préserver leur situation, quitte à aller à l’encontre de leur conscience, plutôt que prendre le moindre risque. Il s’en doutait un peu, d’un côté : il avait déjà senti qu’il devait d’abord convaincre ceux qui n’avaient rien à perdre, mais parce qu’il pensait qu’ils seraient plus susceptibles de l’écouter. Il ne lui était pas venu à l’idée que l’on puisse faire passer sa spiritualité au second plan, au profit de sa vie matérielle. À présent qu’on le lui disait clairement, cela lui semblait aussi évident que désolant.

    - Je ne vous en blâmerai pas, répondit Eiranos à l’ingénieur.

    Il ne développa pas, prenant comme excuse l’arrivée de leur repas. Il avait la gorge sèche et la soupe semblait fumante mais il n’avait pas envie que cette bière mousseuse soit la première chose à traverser son gosier assoiffé. Aussi prit-il une cuillère du potage et souffla-t-il dessus avec application. Du coin de l’œil, il évalua la somme que l’ingénieur sortait de sa bourse. Cela devait suffire à payer pour eux deux, non ? En tout cas, l’aubergiste ramassa les palmes et partit sans rien demander de plus. Le moine, soulagé pour sa bourse, remercia son compagnon, qui parut à peine l’entendre.

    - Bon, parlons plutôt… de vous, tiens : comment êtes-vous rentré dans les ordres ?

    Le temps qu’Eiranos laisse échapper un petit rire et réfléchisse à sa réponse, Ernest avait pris quelques gorgées de bière et ajouté :

    - Ou de mois si vous voulez, si ça vous intéresse.

    Eiranos goûta la soupe du bout des lèvres : elle était encore bien chaude, impossible d’en prendre une bouchée pour s’adoucir la gorge avant de répondre. Il se contenta donc d’avaler sa salive.  

    - De moi, il n’y a pas grand-chose à dire, répondit-il en reposant sa cuillère : je suis un troisième fils, chétif et bien peu bagarreur. On m’a envoyé dans les ordres parce que je ne suis pas destiné à hériter de quoi que ce soit et que je n’avais pas les épaules pour faire un écuyer digne de ce nom, encore moins un soldat qui aurait pu apporter un peu de fierté à ma famille.

    Les raisons pour lesquelles il avait quitté les ordres étaient bien moins classiques mais trop sensibles pour être évoquées. Si Ernest commençait à prendre peur à cause de sa vision de la place de l’Église, que dirait-il de son rejet de certains tabous ?

    - Mais vous, alors ? Si vous logez dans une auberge, c’est que vous n’êtes pas d’ici. Qu’est-ce qui vous amène dans une telle ville ? .

    Si la religion commençait à être un sujet un peu délicat, autant rester sur des banalités. Attendant la réponse, il reprit une cuillère de soupe, bien décidé cette fois à ce qu’elle finisse dans sa bouche. Il commençait à avoir vraiment faim.




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    le Lun 2 Avr - 15:57


           


           Le moine semblait comprendre l’absence d’implication d’Ernest, et c’était bien mieux ainsi. L’ingénieur jaugea la température de la soupe, elle était encore trop chaude. Il attendrait donc un peu et en profita pour reprendre une gorgée de bière.

           — De moi, il n’y a pas grand-chose à dire : je suis un troisième fils, chétif et bien peu bagarreur. On m’a envoyé dans les ordres parce que je ne suis pas destiné à hériter de quoi que ce soit et que je n’avais pas les épaules pour faire un écuyer digne de ce nom, encore moins un soldat qui aurait pu apporter un peu de fierté à ma famille.

        Ernest acquiesça. Plutôt banal en effet. Ce qu’il aurait bien voulu savoir était ce qui l’avait poussé à prêcher différemment de tout le reste de l’Église, mais Eiranos ne voudrait probablement pas en parler, ce sujet risquait d’être sensible. Il aborderait peut-être le sujet de lui-même s’il le voulait mais l’ingénieur ne l’y forcerait pas.

        — Mais vous, alors ? Si vous logez dans une auberge, c’est que vous n’êtes pas d’ici. Qu’est-ce qui vous amène dans une telle ville ?

           Ernest soufflait doucement sur une cuillère de soupe et l’avala avant de répondre :

           — Eh bien, comme je pense l’avoir évoqué, je suis ingénieur militaire. Mais comme vous vous en doutez, depuis la fin de la guerre ce n’est pas forcément évident. Pendant quelques temps, l’armée aura besoin de reconstituer ses stocks d’engins de siège, mais à un moment ou un autre la demande va chuter. Je compte essayer de me reconvertir dans la fabrication de machines pour l’agriculture, ou de calèches. En tout cas, je suis ici pour affaires, je cherche un forgeron qui serait capable de me fournir un acier de bonne qualité. Cette ville étant en quelque sorte le lieu de fabrication privilégié de l’empire, je suis venu voir pour quelques jours.

           Ce petit monologue lui ayant asséché le gosier, il se désaltéra une fois de plus avant de reprendre une cuillère de soupe. Il en profita ensuite pour enchainer sur le même sujet puisque cette information ne semblait pas déranger le moine :

           — Et vous alors ? Que faites-vous dans cet égout à ciel ouvert ?

           Ernest continua doucement mais surement de manger sa soupe en attendant la réponse. Il est vrai que son opinion de cette ville était plutôt basse, mais elle était nécessaire à l’empire. À l’instar de la guerre, c’était un mal nécessaire.


       


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    le Dim 6 Mai - 7:41

    La vraie paroleavec Ernest
    La soupe était encore un peu chaude mais épaisse et bien relevée, exactement ce qu’il fallait pour rassasier Eiranos. Le moine la dégusta avec plaisir, guettant d’une oreille la réponse d’Ernest. Heureusement, il eut le temps de profiter de sa bouchée avant d’avoir à se concentrer sur les mots de l’ingénieur. Il n’avait jamais réfléchi à ce qu’impliquait la fin de la guerre, jamais réalisé que cela allait bouleverser toute l’économie du pays. Combien d’artisans vivaient grâce à la guerre et allaient devoir se reconvertir ? Eiranos n’était pas sûr que tous auraient la philosophie d’Ernest. Il se demanda un instant combien d’entre eux avaient sincèrement applaudi l’armistice… Sans doute moins que d’habitants du village de Muvaï, qui voyaient leurs fils partir sur le front mais ne tiraient aucun profit des combats.

    Écartant ces tristes pensées, Eiranos se reconcentra sur ce qu’était en train de lui expliquer son compagnon. Il nota mentalement l’indication que lui apporta Ernest : que Cairne était un haut lieu de de l’industrie ivriane. Il ne s’était jamais préoccupé de ce genre de détails. Il avait appris la géographie de Noren mais pas les détails de son économie. Quel besoin en avait-il, à l’époque ? Et comment aurait-il pu prévoir qu’il en aurait un jour besoin ? En réalité, il ne savait toujours pas si ce genre d’informations lui serait réellement utile mais il lui semblait qu’à présent qu’il vivait au sein de ce monde, il lui faudrait apprendre autant que possible sur lui.

    - Que faîtes-vous dans cet égout à ciel ouvert ?

    Le mépris de la question surprit Eiranos mais il n’avait aucune envie de le contredire. Rien de ce qu’il avait vu ne lui aurait permis d’argumenter l’inverse.

    - Je viens apporter la vraie parole à ceux qui en ont le plus besoin. Tout homme mérite de la connaître mais il est plus urgent encore de l’apporter à ceux que le mensonge garde dans le malheur.

    Ces phrases étaient répétées, bien sûr. Mais Eiranos n’avait jamais eu l’occasion de les prononcer et il aima beaucoup les entendre.

    - Je me demande combien de ces pauvres erres reste cantonné à la misère uniquement parce qu’ils leur croient interdit de rêver à une meilleure vie… Vous, vous semblez aimer le métier que vous exercez mais je suis convaincu que dans ces bas-fonds végètent beaucoup de fils de manœuvres qui voudraient être artisans, ou de fils d’artisans qui rêveraient d’être marchands, et personne ne saurait être heureux en exerçant un métier dont il ne voudrait pas. Et pourquoi ne franchissent-ils pas le pas ? Parce que leurs prêtres leur répètent que Dieu le leur interdit. Ne connaissez-vous personne dans cette situation ?

    Il était certain de son effet. Il avait vu tellement d’hommes dans cette situation rien que dans le village de Muvaï qu’il lui semblait impossible que son interlocuteur n’ait pas un exemple en tête.




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    le Lun 7 Mai - 20:33


       

           


           — Je viens apporter la vraie parole à ceux qui en ont le plus besoin. Tout homme mérite de la connaître mais il est plus urgent encore de l’apporter à ceux que le mensonge garde dans le malheur.

        Ça se défendait. Mais une opinion, si elle n’est pas soutenue par des puissants, n’a aucune chance de se propager dans cet empire. L’empereur se ferait une joie de déclencher une guerre civile si le peuple tentait une rébellion, ça relancerait l’économie de l’empire. Tuer quelques prolétaires ne dérangerait pas le gouvernement. Et puis la nation aimait la guerre. Elle vibrait pour ça. Elle vivait pour ça. Elle grandissait avec ça. La guerre ne meurt jamais. Elle vivra tant que l’humanité vivra. L’homme aime la guerre. Il aime montrer sa supériorité par la force. Et cet empire en a fait son credo.

        — Je me demande combien de ces pauvres erres reste cantonné à la misère uniquement parce qu’ils leur croient interdit de rêver à une meilleure vie… Vous, vous semblez aimer le métier que vous exercez mais je suis convaincu que dans ces bas-fonds végètent beaucoup de fils de manœuvres qui voudraient être artisans, ou de fils d’artisans qui rêveraient d’être marchands, et personne ne saurait être heureux en exerçant un métier dont il ne voudrait pas. Et pourquoi ne franchissent-ils pas le pas ? Parce que leurs prêtres leur répètent que Dieu le leur interdit. Ne connaissez-vous personne dans cette situation ?

           Évidemment qu’il connaissait quelques personnes dont le métier ne leur plaisait pas, mais la vie était ainsi faite. Il fallait des dirigés, des dirigeants et chacun se tenait à son rôle. On apprenait un métier par son père et on transmettait le savoir familial de génération en génération. Et ça marchait bien ainsi. Ça maintenait un ordre des choses. Si tous le monde choisissait ce qu’il voulait faire, on ne s’en sortait plus. Déjà l’organisation générai des abominations comme cette ville alors sans elle… Comment tenir un peuple entier ? Comment organiser le pays ? Ce qu’Eiranos décrivait était le chaos, Ernest ne pouvait pas le rejoindre sur ce point.

           — J’attends encore que vous me disiez qu’il faudrait donner le pouvoir au peuple. Ce que vous décrivez serait le chaos. À quoi bon bouleverser quelque chose qui fonctionne très bien ?

           Ernest avait déjà bien entamé sa soupe en écoutant et continua en reprenant une cuillère et en faisant descendre tout ça d’une gorgée de bière. Il se sentait déjà las de cette journée à arpenter les pavés irréguliers de cette ville. Ses pieds étaient bien plus habitués aux pavés égalisés et aux joints à niveau d’Hinide. Bah, de toute façon il n’avait plus un temps infini à passer dans cette ville.


       


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    le Lun 28 Mai - 13:11

    Petit malentenduavec Ernest
    Eiranos fut déçu. Faire référence à la vie quotidienne de ses interlocuteurs était une des techniques oratoires de base, c’était censé attirer leur attention et leur adhésion. Soit il avait tapé à côté et ces exemples n’évoquaient rien à Ernest, soit celui-ci était d’un stoïcisme remarquable. Comme après la première tirade d’Eiranos, il sembla réfléchir à ses mots tout en continuant sa soupe, sans montrer de signe d’acquiescement – ni de désaccord, d’ailleurs. À défaut, Eiranos aurait pu essayer de changer de méthode, tenter de convaincre à défaut de persuader, mais il n’était même pas sûr qu’Ernest l’écoute vraiment, et il commençait à avoir vraiment soif.

    Il leva sa pinte, prêtant une oreille cependant attentive à son compagnon.

    - J’attends encore que vous me disiez qu’il faudrait donner le pouvoir au peuple.

    Eiranos faillit s’étrangler avec la gorgée qu’il venait de prendre. Il n’avait jamais parlé de pouvoir, encore moins de le donner à qui que ce soit. D’où l’ingénieur sortait-il une idée pareille ?

    - Le pouvoir au peuple ? Bien sûr que non ! s’exclama-t-il avec ferveur. Je ne parle pas de forcer un renversement des choses, pas même de donner quoi que ce soit. Mais de laisser être. Je veux qu’on arrête de brimer le peuple sous prétexte d’exécuter la volonté divine.

    Il reposa sa bière et prit un instant pour réfléchir. Il ne trouvait pas, dans ses paroles, la moindre ambiguïté, de point particulier sur lequel rassurer son interlocuteur. Mais une comparaison lui vint qu’il trouva intéressant à exploiter.

    - Prétendre pouvoir comprendre Dieu et Ses desseins pour l’humanité toute entière est un peu orgueilleux, je trouve, continua-t-il. En tant qu’ingénieur, que diriez-vous si le premier chiffonnier venu prétendait comprendre vos créations et les reproduire ?

    Nouvelle tentative d’impliquer émotionnellement son interlocuteur. Cette fois, cela devrait marcher, tout de même. S’il avait échoué à faire appel à son empathie, titiller sa fierté serait peut-être plus efficace.

    - Pour moi, les prêtres doivent donc être de simples interprètes des signes que Dieu envoie à chacun, résuma-t-il, au cas par cas, et sans chercher à voir plus loin. Ainsi, chaque homme pourra rester dans le chemin qui lui aura été assigné. Bien sûr, rien ne me garantit que ces chemins ne mèneront pas à une révolution, ou même à ma propre mort prématurée, mais j’ai toute confiance en mon Créateur. Croyons en lui, et il accordera à chacun la récompense qu’il mérite.

    Il avait rarement été aussi ferme, mais parce qu’il avait rarement été aussi convaincu. Et il espérait bien convaincre son interlocuteur. Il ne faisait pas partie, à priori, des premières personnes qu’il espérait convertir à sa vision du monde, mais il pouvait voir cela comme un entraînement.





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    le Dim 23 Sep - 22:43


       

           


           — Le pouvoir au peuple ? Bien sûr que non ! Je ne parle pas de forcer un renversement des choses, pas même de donner quoi que ce soit. Mais de laisser être. Je veux qu’on arrête de brimer le peuple sous prétexte d’exécuter la volonté divine.

        Ernest ne pouvait pas totalement approuver, c’était bien plus facile d’apprendre le métier de nos parents, et puis les choses se passaient très bien ainsi. De toute façon on était déjà plongé dans le métier de nos parents dès la naissance et rares étaient ceux qui ne voulaient pas le faire. Il continuait à attaquer sa soupe qui était bien vide en laissant le prêtre argumenter un peu. Il était d’accord avec lui pour réduire le joug de l’Église, et sur le fait que Dieu était là plus pour aider que pour punir, mais de là à réformer toute la société, il ne le comprenait pas vraiment.

        — Prétendre pouvoir comprendre Dieu et Ses desseins pour l’humanité toute entière est un peu orgueilleux, je trouve. En tant qu’ingénieur, que diriez-vous si le premier chiffonnier venu prétendait comprendre vos créations et les reproduire ?

        Pour Ernest, il ne s’agissait pas de Dieu ici mais de l’organisation de la société en général, et le changement là-dedans ne serait pas bénéfique de son avis.

        — Pour moi, les prêtres doivent donc être de simples interprètes des signes que Dieu envoie à chacun, au cas par cas, et sans chercher à voir plus loin. Ainsi, chaque homme pourra rester dans le chemin qui lui aura été assigné. Bien sûr, rien ne me garantit que ces chemins ne mènent pas à une révolution, ou même à ma propre mort prématurée, mais j’ai toute confiance en mon Créateur. Croyons en lui, et il accordera à chacun la récompense qu’il mérite.

           Il reprit une gorgée de bière, se rendant compte dans le même temps que sa chope commençait à se vider. Le repas entier approchait doucement de sa fin et en soit l’ingénieur commençait à être las de cette journée, et sentait qu’il profiterait bien de sa nuit de sommeil. Il répondrait tout de même :

           — Pour moi, même si c’est dit dans les écrits, le fait qu’on fasse le même métier que ses parents relève tout aussi bien de la logique. Un fils de cordonnier ne saurait jamais faire mon métier. Et puis même, je pense que si vous demandez aux gens ils ne verraient pas l’intérêt de faire autre chose que leurs parents.

           Et puis de toute façon, où apprendraient-ils à faire un autre métier ? Ça aurait été étrange que d’accueillir dans son atelier quelqu’un qui ne soit pas de sa famille pour lui, il aurait révélé des secrets de famille à des étrangers. Chaque boutique avait ses savoir-faire, et les partager n’était pas bon pour le commerce. On ne pouvait faire confiance qu’à sa famille pour ça.


       


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