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 Toits brumeux

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MessageSujet: Toits brumeux   Sam 11 Fév - 17:44

- Avez-vous donc le mal de mer, messire ?

Ça se voit tant que ça ? Mais quel crétin. Je fusille du regard le chevalier Émeric de Pontvaillan, qui a ainsi ramené sa science de façon toujours très intelligente. Je vais le nommer capitaine - Capitaine Évident. Comme si le fait que j'étais accroché au côté du bateau pour vomir mes tripes dans le delta du Chielso n'était pas déjà un bon indicateur. Je me lève et tente de retrouver un peu de dignité, en passant mon poignet, et donc ma manche, sur ma bouche qui vient de jeter mon repas frugal pris avant d'embarquer.

- Oui, oui j'ai le mal de mer, Émeric. Merci bien de te soucier de ma santé !
- Pardonnez-moi sire. Je m'inquiétais pour vous, cela est tout...
- Cesse de croire que je suis fait de verre ! Je vomis souvent. C'est pas parce que je dégueule que je suis faible tel un bambin !
- Pardonnez-moi sire.


Je lui fais un petit signe de tête. Il baisse ses yeux bleus avant de se retourner. Alors que je remet mon mantel sur mes épaules et que je me dirige vers le bout du navire, vers la proue, il me suit, et on peut entendre nos deux pas piétiner les planches de la galère, en même temps qu'on ressent la houle et que les marins, à grand coup d'efforts et de chansons en leur langue natale. En les entendant baragouiner, je ne peux pas m'empêcher de me tourner vers Émeric avec un large sourire.

- C'est quoi qu'ils racontent ?
- Une prière sous forme de comptine, sire.
- Tu chantes bien, Émeric ?
- Oh... Fit-il en souriant. Je me débrouille.
- Alors qu'est-ce qu'ils racontent ?


Je pose mes deux mains sur la barre tout en bout du navire. Il y a une figure de proue, la gloire de cette jolie galère à 200 rameurs, qui représente une nana à poil. Plein de statues sont des nanas à poil, mais celle-ci représente une sainte. Le fait qu'elle soit nu n'est pas à être interprété avec un but érotique, mais plutôt héroïque : Sainte-Anna est la sainte des noyés et des naufragés. Et juste sous elle, se trouve un magnifique éperon d'acier, avec lequel les galériens sont censés foncer pour percuter les navires devant eux, brisant les coques et les corps.
Émeric se mit à parler, à voix basse, et sans rythmer la chanson, comme un traducteur monotone, et sans la moindre émotion au fond de ses cordes vocales ; Rien à voir avec les marins qui nous faisaient porter sur l'eau azur, qui nous faisaient voler à travers le fleuve, à vive vitesse, les voiles latines au-dessus de moi tremblantes sous l'effet du vent qui nous portait. Ouais, c'était magnifique. Quel dommage que j'avais le mal de mer et que ce spectacle, avec les remous, ne faisait que remonter les restes de mes repas. Ils hurlaient les marins. Ils hurlaient dans leur jolie langue (Ouais, jolie, je l'admet qu'elle était magnifique à l'oreille), leurs gorges peinées par la fatigue et la douleur du travail.

- Vogue le bateau, vogue la galère ; Et les oiseaux qui vocifèrent. C'était Dieu dans son manteau, qui jouait à soulever les eaux, les vagues explosent en mur d'écume, et même les sternes attrapent un rhume. Vogue le bateau, vogue la galère, et les oiseaux qui s'étranglèrent ; Le Grand Seigneur est contrarié, on dit qu'avant d'appareiller, les marins n'auraient pas fait leurs prières, au Dieu tout-puissant et éternel. Vogue le bateau, vogue la galère, et les oiseaux qui s'enflammèrent, quatre marins fiers et hardis, s'attachent au mat de toutes leurs forces, mieux vaut qu'ils soient bien dégourdis, sinon ils seront changés en morse.

Je me retourne et souris à Émeric. Il me sourit aussi.

- Eh bien. Les bons Naidiens ont peur.
- Ils ont toujours peur de Dieu.
- C'est qu'ils ont bien raison ; Nos âmes lui appartiennent. Alors, viens, prions ensemble.
- Oui sire.

On s'agenouille sur le bateau, dont les planches sont mouillées et couvertes d'algues. On lie nos mains, et nous aussi nous nous mettons à prier, mais dans notre langue, et avec nos liturgies à nous.

Nos prières fonctionnent bien. Puisque, malgré le mauvais temps, malgré les grondements dans le ciel noir, malgré le vent qui souffle fort et qui fait trembler les voiles, nous arrivons sans s'écraser sur les roches, et nous pouvons apercevoir les tours et les murailles de la citadelle de Talehe.
Voilà trois jours que j'ai quitté la capitale avec mes ordres de l'Empereur ; Je porte sa missive et son sceau à l'intérieur de mon veston. Je ne suis pas parti avec un détail de troupes ou une armée. Tout juste dix gardes du corps pour m'épauler. Les chevaux ont été embarqués dans la galère, alors qu'on venait juste de quitter Cairne. Cairne, quelle ville putain... Quel dommage qu'un cloaque infâme tel que celui-ci porte le nom de la glorieuse maison de notre premier Empereur. Je ne veux même pas vous raconter comment on m'a vomi sur les chaussures, comment j'ai dû bastonner un mendiant qui a voulu m'arracher ma bourse, ou comment je suspecte l'un de mes soldats d'avoir chopé la gale parce qu'il a couché avec une prostituée. Non. Je suis content d'avoir quitté Cairne, en me disant bien au fond de mon esprit que, maintenant qu'on a la paix, il serait une bonne idée de ramener l'ordre là-dedans.

Pour l'heure on est partis sur un navire, au matin, avec l'idée d'atteindre Talehe en fin d'après-midi. Et il semblerait que les marins n'aient pas mentis, et bien mérité leur solde, vu qu'on est en train d'arriver à bon port, juste à pénétrer de part l'écluse et entre les deux rives de la ville jumelée, et qu'on se retrouve à passer sous l'un des ponts de la cité. Je souris d'ailleurs, en réfléchissant au périple qu'on vient de vivre.

- Eh. Nous sommes encore en vie, Émeric.
- Vous en doutiez ?
- On m'a dit que les Naidiens étaient d'excellents marins. Mais j'avoue m'être presque fait dessus quand on est passés près des rocheuses...
Ils ont mérité leur paye, ces fous-furieux.

- Très bien sire.


Il y a des embarcadères sur le port. Alors qu'on s'approche de l'un d'eux, de jeunes adolescents se jettent à la mer et vont nager pour la rejoindre, des cordages dans leur bouche. En face, d'autres gens aident à la manœuvre. Le but est de ramener l'épaisse galère à bon port, et stabilisée. C'est marrant de voir ces gamins mettre autant d'astuce et d'habilité dans leur boulot. Quand ils ont fini, après une bonne dizaine de minutes, voilà qu'on déploie des pontons et qu'on utilise de grandes machines avec des contrepoids pour commencer à débarquer. Mes soldats se jettent sur le port, en armes, et se mettent au garde-à-vous, point contre le torse. Je suis des petites des marches mouillées et couvertes d'écume pour me retrouver à marcher sur la pierre du port. Bien. Mes jambes sont encore molles et tremblantes, mais le fait que nous soyons en vie améliore grandement ma vision de l'endroit. Des petits gamins arrivent devant moi et s'agenouillent. Je sors quelques pièces à leur foutre chacun dans la paume de leur main, et ils s'en vont aider à faire débarquer les chevaux.

Pour l'heure, je monte vers des escaliers en colimaçon, tandis que derrière, les gardes du corps me suivent. On est accueillis par un détachement qui tiennent les marches. Des miliciens qui portent les couleurs de la ville, avec des casques sur le sommet de leurs crânes et des arbalètes dans leur dos. Devant eux, trois notables. Deux en habits civils, le dernier avec une épaisse brigandine qui lui donne une allure de mercenaire. Je devine aisément que ce mec-là, au vu de sa grande cicatrice sur le visage et son œil patibulaire, doit être ou bien le chef de la garde de Talehe, ou bien l'un de ses officiers. En revanche j'ignore encore qui sont les deux autres, mais sachant qu'ils me font une petite courbette bien polie, je pense que ce sont ceux censés me recevoir...
Je fais claquer mes bottes sur la pierre lorsque j'arrive vers eux. J'ai beau être encore sur les marches, et eux en haut, Nos yeux arrivent à la même hauteur. Facile quand on fait 2 mètres de haut comme moi. Le reste des soldats s'arrêtent derrière alors que je bombe mon torse, le frappe, puis tend ma main qui reste plate.

- Avé.
- Salut à vous, général de Daubenny... Me répond l'un des civils, un homme grassouillet et chauve, qui retire d'ailleurs sa coiffe pour découvrir son crâne dégarni. Avez-vous fait bon voyage ?
- Atroce. Mais je ne vous en tiens pas rigueur. Seul Dieu choisit la météo...
- C'est vrai que ce n'est pas un bon présage, se met alors à plaisanter le mercenaire en souriant.
- Pardon ?
- Rien, messires, une boutade...
- Vous savez tous trois qui je suis, mais j'ignore qui vous êtes. Vous pourriez combler cette lacune.
- Pardon sire... Je suis Cesare di Verdi, huissier au palais Royal, et ceci est mon frère, Ennio di Verdi, prévôt des marchands... Et voilà le Condotierri Bartolomeo il coraggioso, l'un des capitaines de la garde de Talehe.
- Bien. Je suppose que sire Bartolomeo sera donc le principal sujet de ma visite.
- Bien sûr, sire.

Il me salue et me fait une courbette, alors que je fais les quelques pas qui terminent ma montée, pour me retrouver tout près d'eux. Mains dans le dos, cape rouge qui vole derrière moi, voilà que je m'avance tandis que mes soldats me suivent. Ceci semble presser les deux frères, Cesare et Ennio qui marchent à mes côtés. Cesare est l'aîné, chauve et ridé, mais Ennio ne semble pas tout jeune non plus. Petits, dodus, ils ont au moins l'avantage de paraître assez accortes et polis. Contrairement à Bartolomeo, qui n'arrête pas d'avoir cet atroce petit sourire en coin, alors qu'il porte une main à son épée.

« Il coraggioso »... C'est pas son nom de famille. Ça doit être un surnom. « Le brave » ou « le fort », je sais plus. Un surnom ça se mérite. Tout comme la coupure qui lui arrache la moitié du visage. On se fait pas ce genre de chose en se rasant. Reste à savoir s'il est un bretteur des bas-fonds ou un noble qui s'est fait ça dans un duel...

- Sire, je me suis arrangé pour vous loger... Il y a un bâtiment religieux, qui reçoit les voyageurs nobles, sur cette rive de la cité... Vous et vos hommes auront vos appartement-là, avec les accommodations pour vos montures, et vous aurez le droit à votre proche chambre vers le sommet de la tour.
- Vous me faites crécher dans une commanderie ? Eh bien. Au moins je n'aurai pas à aller loin pour mes prières.
- Au moins vous veillez à vos prières ! Se met à ricaner le grand cicatrisé. Le dernier général que j'ai reçu, sire Tancrède le Court, a passé toute son affectation à boire tel un ivrogne et à fréquenter un bordel dans les mauvais quartiers de la ville... Je crois qu'on appelle ça "lier l'utile à l'agréable".
Que devient sire Tancrède, par ailleurs ?

- Il est mort en héros face aux Qiang. Veillez à ne pas dire du mal de lui.
- ...Pardonnez-moi mon général. Je disais ça sur le ton de la plaisanterie, pas... De façon insultante...


C'est marrant parce que moi aussi je me foutais de la gueule de Tancrède tant qu'il était encore vivant. Je n'avais aucune honte à me moquer de lui, de sa stature, de sa famille, de ses actes. Mais il est mort. Et on ne se moque pas des morts. Ah, j'aurai été prêt à l'humilier de centaines de façon différentes, mais quand j'ai appris son décès, j'ai bien prié pour lui. C'est marrant, je trouve. Hilarant.

Bref.

- Merci beaucoup pour votre accueil messires. Mon écuyer ira porter mes affaires à ma tour.
- Et nous l'assisterons...
- J'aimerai commencer l'inspection avant de me rendre au palais, où j'irai présenter mes hommages à la Reine. Je suis ici pour deux semaines, le temps de rédiger un mémoire et un commentaire sur les défenses de la Cité. Votre Reine en aura un exemplaire, et l'Empereur bien sûr.
- C'est ce que nous avions prévu, en effet.
- Si vous le permettez, j'aimerai commencer par visiter la porte du Picq. J'ai entendu dire qu'un accident l'avait fragilisée il y a deux mois, et j'aimerai observer son état actuel.


Pas de réponse. Au contraire même, voilà que Cesare se met à traîner de la patte, me faisant me retourner en fronçant mes sourcils broussailleux.

- Eh bien ? Qu'est-ce ?
- La porte du Picq se trouve sur la rive droite, sire...
- Oui, en effet. Je le sais ; Cette ville a été construite par l'Empire, j'ai bien étudié les plans avant de m'y rendre.
- La rive droite n'est plus tellement... Eh bien... Un endroit accueillant. Je dis juste que, si vous vouliez vous y rendre, il serait préférable que vous y alliez avec quelque détail de sécurité, et...
- Garder l'ordre dans la ville est le travail des autorités. Moi j'ai reçu l'ordre de voir l'état des fortifications et de la milice, pour faire mes recommandations. Chacun son rôle, chacun sa place. Amenez-moi à la porte du Picq, c'est la seule chose qui me regarde.
- Nul besoin de prendre ce ton avec nous, mon général... Dit soudain Ennio, lui qui avait été si silencieux depuis le début. La rive droite n'est pas une zone de non-droit, vous pouvez vous y rendre. Nous vous mettons juste en garde.
- Vous avez peur que je me fasse une mauvaise opinion de votre cité ? Eh bien. Je suis ici pour vous aider, l'Empereur ne souhaite pas vous surveiller mais vous soutenir.
- Allez, j'vous amène à la Porte du Picq, et vous viendrez au palais ce soir. Comme ça, tout est arrangé.
- Bien.

J'aimerai bien sûr les critiquer sur le fait qu'ils ne sont pas capables de maintenir l'ordre. Mais le problème c'est que j'étais à Cairne il y a pas quelques jours, et j'ai vu comment les autorités étaient défaillantes là-bas. Ce serait vraiment hypocrite de ma part, l'hôpital qui se fout de la charité.

On s'arrange vite à l'oral. Je vire sept de mes dix soldats pour qu'ils aillent s'occuper des montures et d'aller déménager nos effets vers ce qui nous servira d'auberge. Le prévôt et l'huissier, les deux frangins, me donnent un rendez-vous pour ce soir, afin que je puisse faire une courbette à la Reine et aux mecs de son Conseil, puis je pourrai aller dormir et préparer ma journée de demain. En attendant, moi et le grand mec au visage éraflé, on va traverser l'un des ponts. Émeric et deux gars en armes me suivent, tandis que lui il se ramène avec deux gardes de la cité qui portent chacun une lance et un chapeau en fer, leurs jaques de cuir portant la livrée de la Cité.

Contrairement à l'idée que j'avais, la rive droite n'est ni un dépotoir, ni un cloaque rempli de gens à l'air patibulaire. C'est même un endroit plutôt joli. Si ce n'est que le temps et de la merde et qu'il y a de la pluie, ce qui limite la foule et rend glissante les allées.

- Fort heureusement, ce quartier est pavé ; Sinon, nous aurions les pieds dans la boue et dans la merde.
- Oui, vous pouvez féliciter l'Empire pour cela.


Eh oui. L'Empire. Toujours lui.
J'aime beaucoup comment les maisons ont une jolie architecture Naidienne, mais que les murs de la Citadelle sont parfaitement droits, fiers, bastionnés comme nous on le fait dans le nord. Ça se voit que du fric a été foutu pour rendre cette cité imposante. Et tout ça c'est grâce à nous.

- Il pleut rarement à Talehe, vous savez. D'habitude c'est le très grand soleil.
- Je crains pas la pluie.
- Messires, on vous surnomme « le Martel ». Rassurez-moi... Vous êtes pas venu faire des repérages pour savoir comment abattre les murs de cette ville ? Fait-il sur un ton que je ne parviens pas à savoir si c'est une blague ou si c'est très sérieux.
- Je sais démolir des villes. Et c'est parce que je sais démolir les murs que je suis le mieux placé pour vous dire comment les défendre.


Il ricane. Mon commentaire le fait rire. Il le fait rire dans son accent du sud, comme sa voix qui l'a ce putain d'accent à couper au couteau. Voilà qu'on marche presque seuls dans la rue transversale vide d'âmes, si ce n'est pour quelques voyageurs qui entrent dans les choppes d'artisans.

- C'est tout de même bête, l'accident de la porte du Picq.
- On pouvait pas prévoir ! Des maçons qui ont fait n'importe quoi, la moitié du mur s'est effondré alors qu'on faisait des travaux à côté.
- Il y a eut des blessés ?
- Oh oui, pas mal... La paroisse locale continue de faire des quêtes pour les blessés, si ça vous intéresse.
- Je m'en fiche un peu du quartier, tout ce qui m'intéresse c'est la porte. Comment elle va ?
- Vous constaterez que la herse est de nouveau droite, mais qu'il y a des fissures et d'autres faiblesses structurelles... Mais on bosse. D'ailleurs en ce moment même, malgré la pluie, les maçons et les carriers travaillent d'arrache-pied pour tout remettre en état.

Bien. J'ai entendu dire que le peuple Naidien était fait de paresseux, mais s'ils travaillent sous la pluie ! Je plaisante. C'est le minimum qu'on attend de ces branleurs basanés.


Dernière édition par Alexis de Daubenny le Sam 11 Fév - 21:46, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Sam 11 Fév - 19:38

Il me semble vous avoir déjà dit que j'aimais voler les riches et puissant et que je ne pouvais pas encadrer les militaires ni les ivrians. Je crois aussi vous avoir dit que le combo du riche puissant militaire Iviran était la meilleur façon de vous faire détester de moi. En effet, avec ces quatre tares, vous êtes une cible tellement parfaite et tentante.... quand j'ai appris qu'un certains général Ivrian devait venir pour visiter la ville, j'ai sauté de joie ! Enfin un grand coup m'attendait ! Qui dit Général dit cavalier, dans l'armée ivrianne ça se passe comme ça. Or, je connais quelques guerrière Qiang qui seraient prêtes à beaucoup pour obtenir l'épée d'un général. Je m'imagine déjà nager dans les palmes d'or et festoyer en buvant les larmes de ce pauvre bougre. Ce serait un rêve éveillé pour moi et pour les gens avec qui je partagerais mes bénéfices.

Si vous vous demandez comment j'ai pu être au courant de la venue d'un tel homme, en fait, j'ai quelques amis dans la garde, dont plusieurs très bien placés. Je savais donc à peu prêt quand il allait arriver et de qui il s'agirait. " Alexis de Daubenny" Une raclure ivranne connue pour sa brutalité. Parfait, j'aurais encore plus de plaisir à le voler, mais par contre j'avais plutôt interet à ne pas me faire chopper. Car là, au mieux je me retrouverais dans une taule Naidienne pour ses dix prochaines années, au pire, ils me laisseraient entre les mains de ce dingue. J'ai entendu dire qu'ils faisaient des choses affreuses aux guerrières Qiangs qu'ils capturaient...

Bref ! Au dela de ça, j'étais aux premières loges quand le général et sa délégation sont arrivés. Vous savez où j'étais ? Juste sous le quai, accroché solidement, à écouter les deux notables et le garde discuter pendant que la galère du général arrivait. Ce qu'ils disaient été pas joli du tout.

Parait que ce type à violée une Qiang à moitié morte lors de la dernière bataille. Il aurait dit à ces hommes de faire pareil, histoire que la culture ivrianne pénètre celle des Qiang.

C'est affreux ! Mais moi j'ai entendu qu'il aurait mit le feu à 100 cochons avant de les lancer sur un campement de blesser.


Je me retint de rire en imaginant la cruauté de cette homme. Il devait être bien moche pour prendre sa revanche sur le monde de cette façon. Je vais vous ellipser tout le passage où la galère arrive et que le général débarque comme-ci il était en pays conquit. J'ai cependant écouté avec attention la discutions entre les quatre hommes. Deux informations très intéressantes avaient filtrés de celle-ci, le lieux où le type dormirait, vers le sommet d'une tour sur la rive gauche et surtout, surtout sa visite sur la rive droite. Contente de ma petite pèche aux infos, j'attendis que l'activité diminue pour filer hors du port.

Je fis un rapide crochet par chez moi pour troquer ma tenue en cuir noire, celle de mes missions de la nuit mais aussi du repérage acrobatique, contre une tenue en tissue un peu bariolée et surtout relativement suggestive. Ce serait l'idéal pour approcher de ces hommes. C'est donc habillée comme une saltimbanque que je pris place à proximité de la porte du picq. Pour l'atteindre, ils devraient passer par une place marchande, je pourrais les espionner à souhait. Je faisais donc cabrioles et autres amusement quand je vis enfin arriver l'objet centrale de ma journée. Il était difficile de le louper, grosse épée à la ceinture, tenue de riche, balai dans le cul, face à recevoir un balai.

Ouais, il était un peu comme je l'imaginais, un riche de merde.
L'escorte était peu fournie, trois gardes seulement. Allons donc examiner notre nouvel ami de plus prêt ! C'est donc en faisant la roue, en dépit du sol mouillé et sale que je m'approchais de l'homme. Je manquais de renverser l'un de ses gardes dans l'occasion. Cependant j'étais assez prêt pour détailler le costume du Général. J'étais devenue experte en " je te regarde partout puis je m'excuse comme une idiote". Le mec semblait blindé d'argent et d'or et son épée était vraiment remarquable ! Il fallait maintenant sortir de là sans se prendre un coup dans la face.

Pardon messire, veuillez excuser une pauvre acrobate au chômage. Veuillez me pardonner de vous avoir bousculer.

Je me retirais le plus vite possible et l'air le plus misérable possible. Une fois que je fus certaine que l'homme ne me verrait pas, je bondis sur ma cape et j'entrepris de les suivre durant toute la visite. Ce fut long et chiant, mais il fallait bien passer par là... le soir vint enfin et je vis l'homme entrer dans l'habitation. Il restait à savoir dans quel étage il dormirait exactement et ça, ce n'était pas un boulot pour Lior l'acrobate, mais bien pour Lior la voleuse agile.

***

Le soir venu

Heureusement pour moi, les bâtiments religieux sont très faciles à escalader et comme ils sont sensés être sacrés, il y a pas des masses de monde pour surveiller le tout. C'est de toute ma grace que j'escaladais la tour. L'endroit le moins surveillé serait après tout le toit. Qui de saint d'esprit penserait à s'introduire dans une tour par le sommet ? Bah déjà moi, car je ne suis pas folle. Le toit était fait de tuiles en ardoise, l'astuce était de planter un couteau à la jointure de deux plaques et de retirer celle du dessous. Ainsi, on évitait de se prendre une rangé de 40 tuiles dans la face et on s'aménageait un passage vers le grenier.

C'est donc lestement que je posais mes petits petons sur le plancher du grenier. La première étape était faite, à la suivante. Trouver où dormait le général, si tout se passait bien, demain il aurait des bijoux de famille et une épée en moins.



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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Sam 11 Fév - 20:50

Le repas est frugal.

Je ne m'en plaint pas, je suis pas le genre à me goinfrer de bouffe, même lors des banquets. L'armée m'a appris à ne plus apprécier le luxe. Quand on a passé une semaine dans la neige, avec les doigts gercer, à manger du cheval à la cuisson « semelle » d'un feu de camp, on se retrouve très vite à voir l'alimentation, et même les plaisirs de la vie en général, d'une toute autre façon. Mais quand même. Le repas est frugal. Dans une assiette, on nous a servi une soupe de légumes du potager de... Comment on peut appeler ce bâtiment ? C'est pas un monastère, vu qu'il est intra-muros. C'est pas un hôpital non plus, vu qu'il n'y a ni SDF ni nécessiteux galeux. Pourtant c'est bien un endroit qui est rempli de religion et de bonté, où on se sent tranquillisé. C'est un presbytère, mais la version premium. C'est là que vit l'évêque de Talehe, mais aussi des prêtres, et des moines et clercs de passage, et aujourd'hui, nous. Les religieux nous regardent avec une certaine méfiance. Je crois que c'est tout autant parce que nous sommes Ivrians que parce que nous sommes soldats. Les religieux ont une haine des soldats. Comme les paysans ont une haine des soldats. « Brigand » ça vient de « brigadier » à la base. Moi je sais pourquoi les gens ont une telle haine de nous, on l'a mérité, je l'ai bien méritée. 'Fin je vais pas vous en parler pendant huit ans, vous n'allez pas me plaindre ou quoi que ce soit. Non. Oubliez ce que j'ai dis.

- Et comment était donc votre visite chez la Reine, sire Daubenny ?

Au moins, frère Nathanaël parle bien notre langue. Je lève un peu mes yeux vers lui. Il n'est pas l'évêque (L'évêque est actuellement dehors pour une fête religieuse, avec la plupart des diacres et curés), mais il s'arrange pour que le presbytère soit en bon état. Un peu comme un maître d'hôtel, mais avec une bure et un symbole de l'Église pendu autour du cou.

- Tout s'est bien passé, mon père.
- C'est tout ?
- Bah, heu... Je ne sais pas quoi en dire. Elle avait l'air gentille. Mais, heu... Elle n'a pas beaucoup parlé. Elle a même rougit pour je ne sais quelle raison.
'Fin du coup j'ai surtout parlé avec des militaires. Des bannerets et puis la garde.

- Hum. Hm hm.
Et l'Empereur ?

- Quoi « l'Empereur » ?
- Va-t-il bien ?
- Bien sûr qu'il va bien. Il est animé d'une force et d'une vigueur irréprochables. Ce n'est plus un garçon, c'est un être d'acier, qui porte bien la couronne.

Je n'ai aucune idée de si ce que je dis est vrai ou pas. L'Empereur n'est pas mon ami. C'est mon Empereur. C'est le type qui signe des missives, qui m'appelle, qui me pose des questions auxquelles je réponds et ce après m'être agenouillé devant lui. Nous avons une relation extrêmement simple lui et moi. Vassal et suzerain, banneret et lige, chien et maître. Mais ça ne me dérange pas. C'est par la volonté de Dieu qu'il est sur ce trône et par la volonté de Dieu que je suis son banneret, comme c'est par la volonté de Dieu qu'un paysan creuse la terre.
Ce prêtre, je m'en méfie donc. Pourquoi il me pose des questions sur mon Empereur ?

- Je prierai pour son âme.
- Et nous donc.

Quand quelqu'un pose une question sur la santé de l'Empereur, c'est souvent pour savoir s'il va casser sa pipe et si ça va être bon de foncer le régenter. Bien sûr un petit mec qui tient un presbytère n'est pas un complotiste qui veut contrôler la couronne d'Ivria, je le sais bien, ne me prenez pas pour un paranoïaque... Mais je n'aime pas ça. Trop souvent, dans le palais d'Hinide, je me retrouve avec un duc ou une comtesse qui vient me chuchoter à l'oreille et me monopoliser le bras pour me demander « Comment se porte notre Empereur ? ». Ah les bâtards. Tous des bâtards. J'ai beaucoup de peine pour notre souverain. Il porte une belle lame, mais il doit craindre une dizaine de poignards rouillés dans son dos.

Émeric se met à bailler.

- T'es fatigué ?
- Le voyage en navire a été éprouvant.
- Ouais. En plus j'ai peur d'avoir chopé la crève...
- Vous voudriez une infusion de thé, mes fils ?
- Non, non ne vous donnez pas de mal mon père... Le potage me fait assez de bien.
Dites-moi mon père... Comment les bonnes gens de Talehe vont ?

- … Dans quel sens ?
- Sont-il bien heureux et bien nourris ?
- Nourris, oui. Heureux, pas forcément... Ce n'est pas qu'une question de politique. Les émeutes sur l'île font peur. Pourquoi cela ?
- Un homme nourri devrait être un homme heureux, ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont... Mais je n'avais pas l'impression d'être reçu à bras ouvert par les quelques naidiens que j'ai vu.
- Il pleuvait. Peu de gens sont heureux par temps de pluie. Quels gens avez-vous vu ?
- Bah, sur la rive droite, des ouvriers de la porte, quelques marchands qui zieutaient dans la rue... Une fille aussi, une saltimbanque qui a glissé dans les bras de l'un de mes hommes.
- Vous reviendrez sur la rive droite une prochaine fois, je suis sûr que vous serez mieux accueilli.


Lorsque j'ai visité la porte du Picq, j'ai assisté à une scène grossière. Un jeune gamin sur le chantier. 16 ans, pas plus. Il... Enfin il pleuvait, et il a glissé sur l'une des pierres. Il est tombé en contrebas et s'est brisé la nuque. Voilà. Vous vouliez que je vous raconte ma journée ? Pauvre gosse. Du coup j'ai filé une pièce à la paroisse de la rive droite. Mais n'empêche... J'ai un peu le moral ruiné maintenant.
Enfin je veux dire, voilà quoi. C'est toujours un peu rude de voir ça. Pis je pense à la famille, aussi, s'il en a une et qu'il n'est pas un orphelin des rues. C'est fou comment la vie ça se perd facilement.

J'ai terminé le potage et le pain. Pas de viande, pas d’œuf, rien de tout ça. Du coup je me contente de me lever, même si je reste un peu sur la faim.

- Eh bien mon père, je vais regagner mes quartiers.
- Dormez-bien, général.


Je lui fais un petit signe de tête alors que je pose une main sur Émeric et sur un vieux soldat qui est encore attablé.

- Vous aussi vous irez au lit tôt.
- Aye.


Il reste 4 de mes gars qui continuent de manger. Pis j'ai 4 gars qui dorment dans l'étable avec les chevaux. Y me reste un gars qui est en train de dormir dans l'entrée du presbytère. Je le croise avachi sur une chaise. Quand il me voit, il se lève au garde-à-vous, mais je lui fais un signe de main. Il murmure un « bonne nuit sire » alors que je m'engage vers l'escalier en colimaçon qui tournoie sur lui-même pour m'amener trois étages plus haut.
Y a un soldat dans le couloir, juste devant ma porte. Je lui fais un petit signe et il claque ses bottes sur le parquet. Porte ouverte, porte fermée devant moi. Me voilà tout seul.

La fenêtre de la chambre est fermée et il y a surtout une chaleur à partir de plusieurs bougies qui illuminent l'endroit. C'est à dire, qu'il n'y a aucune chaleur. Les murs sont lourds et en pierre, et un mauvais vent souffle. Heureusement, le lit a l'air confortable, avec les grosses couvertures et fourrures. Je retire mon épée et ma ceinture, que je pose sur l'étagère. Et je jette ma cape sur le lit. Faut que j'aille me laver. J'ai dans une pièce à côté, une bassine d'eau chaude avec une éponge. Mais pour l'heure j'ai du boulot, malgré la fatigue.
Plume. Encre. Papier. Me voilà dressé dans un coin de ma chambre. D'habitude j'aime faire ça avec l'alcool, mais allez trouver de l'alcool dans un lieu de bonne religion. Tant pis. Faut que je me mette à écrire. Mes yeux plissés, mon cul sur la chaise, je commence une écriture maladroite et peu appliquée sur le papier.

La date, pour commencer. Le lieu. Et le début.

Monsieur le Chambellan,

Je vous confirme mon arrivée à Talehe et ma prise de contact avec les autorités locales. Aucun problème jusqu'ici. Le début de l'inspection est en cours et je ne manquerai pas de rédiger avant la quinzaine un commentaire complet des défenses actuelles de la ville.
La situation sur la rive droite est déplorable, pire que celle que vous m'avez décrite. Il est évident qu'en cas d'insurrection, le quartier serait difficile à garder sous notre contrôle, et c'est un heureux hasard et une grande chance que nos ancêtres qui ont bâti la cité aient eu l'intelligence de bien bastionner l'autre rive.
Il me faudrait également que vous me fassiez parvenir, à présent que je suis sur place, le nom de votre contact au sein de la noblesse. Je n'ai en effet pas d'autorisation pour aller-et-venir comme je le souhaite, et je suspecte un capitaine de la milice de m'épier.

Gloire à l'Empereur.
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Dim 12 Fév - 17:13

Le grenier est pleins de poussières et de crottes de souris et autres déchets sympathiques. J'avance aussi silencieusement que possible, tel un chat d'un mètre 70. Le grenier est relié au reste du bâtiment pour un échelle en bois brute, plongeant dans un couloir sombre. Parfait ! Parfait ! Le noir dans le noir, rien de tel pour passer inaperçue. J'enroule mon visage dans un tissu de cette couleur parfaite et je me cache un œil avant de descendre.
Pourquoi je bande un de mes yeux ? En fait, je fais ça pour l'habituer à l'obscurité et avoir un avantage non négligeable durant un éventuel combat dans le noir. Le sol de pierre dure répercute les bruits de pas un peu partout, heureusement que je portes de petites bottes en cuirs souple, idéal pour se déplacer sans faire de bruit et avoir une bonne adhérence sur les surfaces tels que les murs. L'étage est en grande parti désert, la plupart des gens dorment déjà. J'ai juste croisé un vieux moine qui marchait péniblement dans le couloir, mais il semblait tellement sénile qu'il ne m'a même pas remarqué.
Comment trouver la pièce où dort le beau Général ? Facile, ce sera probablement la seule où un garde fait le planton comme une pauvre victime ! Car il faudrait être bien inconscient pour ne pas se protéger alors qu'on est quelqu'un d'important. Je finis de fouiller l'étage, enfin, de parcourir les couloirs car je ne veux pas prendre le risque de réveiller quelqu'un avant d'avoir entre les mains une belle épée ivrianne. Je prends l'escalier et je descend d'un étage, il y a un peu plus de monde ici, J'essaye de me déplacer le plus possible dans l'ombre, mais les couloirs sont beaucoup plus lumineux et il y a plus de passage . A plusieurs reprises, je me vois contrainte de m'accrocher au plafond et d'attendre que la personne passe. Heureusement que je suis agile et que les murs sont richement décorés et le plafond sombre...

Finalement, je tombe sur ce que je cherchais depuis le début ! Un garde portant l'uniforme ivrian se tient raide devant une porte tel un piquet. Les probabilités qu'il surveille la chambre du général sont d'environs une sur une... Le garde n'a même pas sentie ma présence, il doit être à moitié endormi le pauvre. J'essaye de me situer la position de ma victime dans la situation générale de la tour puis je fais demi-tour.

Quoi ? Vous pensiez que j'allais sauter sur le garde pour l'assommer et puis entrer par la porte ? On m'appelle la voleuse agile, ce n'est pas pour rien ! Pourquoi passer par une porte quand on peut passer par une fenêtre ? Bon je vous l'accorde, faut avoir les capacités de le faire.

Je remonte dans le grenier, esquivant encore les gens sur la route. Je sors de celui-ci et je commence à descendre en direction de la face est de la tour. Si je ne m'étais pas trompé, c'est là que le général avait ses quartiers. La pluie à rendu la façade un peu glissante, plus d'une fois j'ai manquée de dérapé et de m'exploser le minois quinze mètres plus bas. Je finis par trouver ce que je cherchais, je vois à travers une fenêtre le Alexis, de dos, penché sur un écritoire. J'examine la pièce, son épée est posée sur un meuble. Parfait ! Exactement ce que je voulais voir ! Enfin un homme que ne dors pas la lame serrée dans sa main. Je reste quelques instants à l'observer, je vois qu'il y a une porte, peut-être qu'il à la chance de bénéficier d'une suite avec plusieurs pièces ? Je me décale donc pour aller voir et je trouve une salle d'eau.

J'ai même pas le temps de jubiler devant ma découverte que le général entre et se met à poil ! C'est d'un œil médusé que je peux voir son corps couturé de cicatrice mais très ferme ruisseler d'eau chaude. Je perd quelques instants à rougir devant la situation et à noter qu'il n'est pas bien équipé le bougre. Je finis par m'arracher à ma contemplation pour retourner devant la fenêtre de la chambre. Avec une longue lame en acier, je finis par débloquer le loquet de la fenêtre et je rentre dans la pièce. Je referme silencieusement le battant derrière moi et je m'approche de la commode.

Putain moi et mes pulsions ! J'entends le général revenir dans la pièce, j'ai à peine le temps de me jeter sous le lit qu'il est là, toujours cul nu, à se balader. Heureusement que j'ai pas laissé d'eau derrière moi et que j'ai fermé la fenêtre. Il ne me reste plus qu'à attendre qu'il s'endorme du sommeil de l'injuste et puis on fait comme prévu à la base.

Après une éternité, il se met au lit et après une autre éternité, des ronflements finissent par se faire entendre. Tel une vipère, mais moins dégoutante, je me glisse hors de ma cachette et je m'approche de mon but, mais un bruissement de tissu se fait entendre. Je me jette dans un coin sombre et je retire mon bandeau, dans l'obscurité je peux voir que l'homme se lève et se dirige vers son pot de chambre.

Par les bordels de Cairne, jamais je pourrais m'approcher de cette épée ?! Je vous jure que j'avais envie d'insulter le mec en QIang et de lui donner une leçon dont il se souviendrait –ou pas-. Mais ça me fait penser ! J'ai pas trouver ses bijoux, je devrais lui demander, vous ne pensez pas ? Mais non c'est pas une mauvaise idée ! Allez, on va le faire ! Je dégaine ma lame et m'approche de lui. Je lui colle ma lame sous la gorge et je me plaque contre lui pour lui murmurer quelques mots doux, une voix sensuelle et très basse:

-Finissez ce que vous êtes en train de faire mon général. J'ai pas envie de vous faire de mal, mais genre vraiment pas du tout. Je veux juste votre dignité et la preuve que vous aimez le peuple. C'est pas trop demander ? Si ?
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Dim 12 Fév - 17:57

J'ai pas trouvé le sommeil. Pourtant je pensais que le voyage m'avait épuisé. J'ai terminé d'écrire, j'ai bien tout plié et mis dans un coin, je suis allé me décrasser la peau avec une éponge, et pouf, je pensais juste tomber comme une pierre et aller dans mes rêves.

Pourtant non. Rien. Juste... Une sorte de semi-inconscience assez désagréable. C'est le gamin qui s'est brisé la nuque qui m'a empêché de roupiller ? J'sais pas. J'sais pas, j'aimerai vous dire que j'ai eu un rêve avec un souvenir bizarre sur quelque bataille ou moment dur que j'ai vécu, mais non. C'est juste moi dans la nuit de la chambre, après que j'ai soufflé les bougies. Je me suis recroquevillé sous les draps, mais la chaleur du lit est juste devenue sacrément lourde et étouffante. J'en ai horreur. C'est fou quand même. Après avoir passé des semaines dans un froid invivable et inhumain d'un massif montagneux, au point d'en avoir les doigts bloqués et les lèvres qui saignent, on pourrait croire que je cherche la chaleur absolument partout, mais non, c'est devenu lourd.

Ah là là, y a des milliers de choses que je pourrai vous raconter, que j'ai au fond de ma conscience. Même le chapelain de la baronnie de Daubenny je me suis jamais confessé à lui. Peut-être que ça me ferait du bien, mais j'en ai limite pas très envie. J'en ai pas très envie, parce que la vérité vraie, c'est que... Comment formuler ça ?
Disons que je n'ai pas le droit de regretter les actes que j'ai commis.

Les Qiang sont un peuple infidèle, déjà. Et un peuple qui crache sur les bottes de l'Empereur, ensuite. Deux crimes mortels qui justifient bien sûr notre conquête de leurs terres. Et puis en plus, ces démones sont bien farouches et méritent bien leur punition, puisqu'elles n'ont pas hésité à tuer le précédent Empereur, qu'elles n'arrêtent pas de commettre des assassinats, des pillages et des kidnappings. Alors quand on les martyrises, c'est jamais de la torture, c'est toujours uniquement une rétribution.
Alors je ne devrais pas me retrouver à regretter tout ce que j'ai fais. Mais vous avez déjà entendu une fille pleurer ? Je vous jure que ça a de quoi entrer dans votre âme, ça. Une fille qui pleure.

Je peux même plus me rendormir parce que j'ai une mauvaise envie de pisser maintenant. Je ne pense pourtant pas avoir de problème urinaire. Je ne suis tout de même pas si vieux ? Bordel. Devenir grabataire à mon âge, c'est une idée qui me terrifie... Je me lève et me tire des draps, pour aller dans l'autre pièce me débarrasser de mon trop-plein d'eau de source. Je baille un peu, et me couvre la bouche avec mon poing, et j'ouvre la porte pour aller me vidanger.
J'ai même pas le temps de poser mes mains sur les lacets de mes brais, que je sens un corps se poser contre moi. Une présence bien réelle, surtout qu'un frisson me parcourt l'échine et que la chair de poule me gagne les bras lorsqu'un sentiment habituel se colle sous ma gorge. Une lame froide. Mes yeux sont écarquillés et je cesse soudain de respirer alors que mon cerveau s'arrête soudain de me transmettre la moindre pensée. Une voix de femme me murmure à l'oreille.

Ah putain non.

Non.

Ou si. Ce serait logique.

Pendant peut-être... Une, ou deux secondes, je crois que je pense savoir ce qui est en train de se penser. Une tueuse Qiang qui est venue jusqu'ici. Je pourrai l'imaginer. Une bridée qui se vengerait de quelque... Crime que j'ai fais. « Vous souvenez-vous de moi ? Vous avez tué ma mère ». Mais j'ai tué tellement de mères, de filles, d'épouses, que je ne saurai chercher dans mes souvenirs... Ce serait décevant pour elle. Tuer le monstre qu'elle cherche sans même qu'il soit capable de se souvenir de la vengeance qu'elle se prépare à abattre. Ouais. Ce serait une fin logique en soi. Digne d'une chanson de geste. Même si, en vrai, il serait préférable que je meurs en duel, l'arme à la main, plutôt que là, en sous-vêtements, alors que je veux pisser. Mais les Qiang n'ont que faire de ça, c'est pour ça qu'elles ont survécu aussi longtemps.

Pourtant elle jure qu'elle ne souhaite pas me faire de mal. Et ça c'est... D'accord. Je me demande si je reconnais la voix. Je ne suis pas sûr. Je ne pense pas. Non. Pour le coup je suis trop sidéré pour réagir. Mes mains ne bougent pas. Je n'essaye pas de me dégager avec un coup de coude. Je ne cherche pas à hurler pour que la sentinelle de la porte entre en armes. Non, non... Non je reste obéissant. Il faut que je reste obéissant. Il faut que je sorte de mon demi-sommeil et que je retrouve mes pleines capacités.

Allez, Alexis. Parlons. Il faut parler. D'une voix calme, une qui ne trahisse pas la soudaine frousse de savoir qu'on va rejoindre Dieu très bientôt. D'ailleurs, j'espère qu'il ne me jugera pas trop durement...

- Je m'apprêtais à... Pisser. Je doute qu'une jeune fille veuille voir ça.

Je tente de bouger un peu ma tête. Elle pivote sur le côté, mais puisque je ne suis pas une chouette, je ne suis pas capable de la retourner à 180° et d'observer la personne qui me parle.
D'ailleurs comment est-elle rentrée ici ?! Pas par la porte, le garde qui se tient à l'entrée est éveillé et bon combattant, j'aurai entendu une rixe. Et la fenêtre était fermée, et...
Oh. Ouais. Ouais peut-être... Peut-être par la fenêtre. Je ne sais pas, je ne suis pas sûr du tout.
On y réfléchira plus tard.

- Le peuple n'a pas vraiment mon amour, malheureusement... Mais je suis sûr qu'on peut faire quelques concessions sur ma dignité, étant donné que vous... Avez un poignard sous ma gorge.
Allons, petite chouette. Qu'est-ce que tu désires de moi ?
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Lun 13 Fév - 7:52

Je resserrais ma prise sur le manche de mon arme, je n'appréciais pas vraiment le ton que prenait l'homme. Qu'il ne confonde pas jeune âge et candeur, j'essayais de mettre un peu de fer dans ma voix pour appuyer mes menaces :

Je sais ce qu'on fait avec un pot de chambre vielle homme. Je vous conseil de suivre mon conseil avant que ma conscience me conseil de vous égorger puis de coller votre tête dans ce pot. Avouez que ce serait épique.

Moi-même j'imaginais déjà la rumeur et la légende sur la mort du général De Daubenny. On dira " il est mort sur le pot et la tête dans le pot." L'idée me faisait doucement rire, ce serait un bon moyen de rentrer dans la légende et quelle histoire à raconter à mes petits enfants. Je fis doucement glisser ma lame sur le corps du général et je la laissai un petit moment au niveau de sa virilité. Ces secondes devait être longues pour lui:

Pissez, dépêchez vous. J'ai prévu une longue discutions avec vous mon beau.

Je m'amusais beaucoup là tout de suite, je déposais un simulacre de baiser sur la joue de l'homme et je replacer ma lame sur sa gorge. Il fit sa petite affaire, je m'efforçais d'ignorer le bruit et attendit avec patience qu'il eu finit:

Ok, mon général, je veux que vous me fassiez le don de votre or, vos bijoux et votre épée. Je suis la représentante du peuple de Talehe et nous avons besoin de la générosité d'un noble. Vous êtes quelqu'un de... atcha !

Je poussais un éternuement pour le moins sonore. Maudite poussière ! Je fus contrainte d'écarter la lame de la gorge de mon pigeon pour ne pas le transformer en outre percée, il n'en falut pas plus pour que l'homme se retourne et essaye de me désarmer. Il me poussa en direction du lit et c'est dans un grand bruit qu'on s'abattit sur le bord du lit. La lutte pour mon épée fit également un barrouf apte à me faire repérer par un sourd. Pour la discrétion on repassera ! Le soldat en faction devant la porte toqua timidement à la porte et demanda:

Mon général ? Vous allez bien ?

Je mis ma main libre sur la bouche d'Alexis et je lui fis signe de se taire s'il voulait pas que ça se passe mal. Cependant, je ne devais pas avoir été assez explicite car il fit mine d'ouvrir la bouche. Paniquée, je lui décrocha un coup de genoux dans les parties pour le faire taire. Il poussa un couinement, je ne vois pas d'autre mots, sans dignité et je réussis à prendre l'avantage. Je le choppa au cou et je lui colla la pointe de mon épée sur la peau du ventre. Cependant, dans la lutte, le bougre arracha mon écharpe, dévoilant mon identité, merde de merde !

Mon général ? Je vais entrer.


La porte s'ouvrit, déversant un petit rayon de lumière dans la chambre. Il fallait que je trouve une solution... et vite ! Heureusement, depuis la porte, mon épée n'était pas visible, alors j'ai eu une idée, je contrains alexis à s'approcher de moi et je dis d'une voix forte et relativement convaincante:

Oh mon général, prenez moi comme Cairne à prit mon pays ! Allez y sans.... Kyyyyaah !

Je regardais le soldat qui semblait médusé, j'avais un air outré:

Foutez le camps gros pervers, laissez moi m'occuper dignement de votre supérieur ! Satyre, monstre ! Eunuque !


Puis je fis mine de poser un baiser sur les lèvres de l'homme et je lui murmurais:

Dite lui de partir où je vous coupe les bourses. Hein mon chou ? Je vous veux pour moi seule
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Lun 13 Fév - 18:00

Pisser avec un couteau sous la gorge, n'est, étonnamment, que la seconde pisse la plus gênante de mon existence. La plus gênante c'était le jour où, au fond de la forêt Haï, j'avais pissé sur une sorte de petit mont, les deux pieds dans la gadoue, pour que ça passe à travers les feuilles d'un buisson... Et je me suis rendu compte au plein milieu que j'étais en train de pisser sur une tueuse Qiang cachée dans la broussaille. J'ai poussé un cri rauque quand elle s'est levée en plein milieu et s'est jetée sur moi. La démone s'en foutait que j'urine sur elle, elle n'avait pas bronché. 'Fin bref. Les couilles à l'air, je suis tombé dans la boue, sur le côté, et elle a tenté de m'égorger... Uniquement pour être traversée par deux carreaux d'arbalète.
Si vous voulez tout savoir, la troisième pisse la plus gênante de mon existence, c'était sur une montagne enneigée, alors que je venais juste d'être promu général, et qu'une vingtaine d'officiers et de militaires d'ordonnance me regardaient dans le dos le temps que je finisse mon affaire.

Du coup bravo à la mademoiselle. Pisser avec une lame sous la gorge me coupe l'envie. Mais je me force, malgré tout. J'essaye de baisser la tête et les yeux, même si le contact froid de l'acier me gêne. Une main sur l'engin, et je tente de verser quelques gouttes blanches au fond du pot qui cliquette.

- Vous... Vous pourriez...

J'allais lui dire de pas regarder. C'est extrêmement gênant ! Elle aurait pu me demander d'arrêter, de me retenir, c'est tout de même fou ça. En plus, je commence à avoir un début d'érection, pour je-ne-sais quelle raison. Je cache vite ce gain de sang en refoutant la dague sous mes braies, alors qu'elle me ramène à nouveau dans la chambre.

Apparemment elle est là pour me voler. C'est tout de même plus rassurant que d'être là pour me tuer. Mais je ne suis pas tellement fan du fait d'être détroussé. Je connaissais le peuple Naidien comme un peuple d'escrocs, mais pas de voleurs, ça c'est plus digne des basanés de Nakhta. Je fronce les sourcils alors que je réfléchis à un moyen de m'échapper.
C'est, Dieu merci, la sentinelle qui me donne une opportunité. Bref, je commence le rixe et me prépare à la corriger, quand on se retrouve soudain avachis à deux sur le lit. Puisqu'elle est décidée à ne pas se battre proprement, je suis maté par un coup dans les parties. C'est vraiment pas cool. Moi je pensais qu'on allait régler ça à coup de poings, mais c'est fou comment les femmes trouvent toujours un moyen de faire des crasses ! Du coup c'est moi sur le dos, et elle au-dessus, et bref, je vous passe la description de tout cela, je pense que vous en avez une bonne image.

- Sire ?!
- Revenez dans dix minutes Odo ! Je hurle d'une voix rauque et dure. Je suis occupé !
- Mais, heu... Sire... Je ne suis pas Odo, je suis-
- Comptez jusqu'à six-cent et revenez !
- Pardon sire !


Il se recule lentement, à reculon. Je pensais qu'il allait s'enfuir aussitôt. Ah là là. J'ai parlé tout seul, j'ai même pas eu le temps de réfléchir ou d'avoir une réflexion stratégique. Si j'avais été intelligent on aurait inventé un code secret comme quoi je suis en danger, mais je n'ai jamais été paranoïaque au point d'avoir cette idée. Cela changera maintenant.
Il est décidé à rester. Je crois qu'il se doute de quelque chose. J'ai pas envie qu'il se doute l'enculé. C'est mes couilles qui sont en jeu.

Du coup je me soulève un peu, pendant que la femme (Dont je reconnais parfaitement le visage, même si ça ne m'aide pas beaucoup) est à califourchon sur mes genoux. Je passe mes mains sur ses hanches, et les fais glisser sous son doublet, sur sa peau. Cela décide Odo -Ou quel que soit son nom, je m'en branle un peu- à s'échapper immédiatement.

- Je... Oui sire, pardon sire !

Il ferme la porte derrière-moi. Je retire immédiatement mes mains, de crainte qu'elle ne se décide à les couper, alors que je plonge mon regard hébété directement dans ses yeux.

- Eh bien petite chouette... Tu es peut-être une bonne grimpeuse, mais tu n'es pas très adroite.
Retire ta lame ; Je parle mieux quand on ne me menace pas par une lame. Allez, je ne vais pas hurler comme un porc pour qu'il revienne !


'Tain, le pire du pire c'est que je suis en train de bander comme tout, malgré le fait que ça me lance dans les couilles à cause du coup de genou. J'suis vraiment un gros taré ; Dès que tout ça sera fini faut que je fonce faire mes prières à Dieu, c'est vraiment pas possible.

- Tu sais, détrousser un général ivrien n'est pas véritablement une glorieuse idée... Mais je dois t'avouer que j'apprécie le culot.
On peut en discuter ? Steuplé, sérieux, eh, enlève ton couteau.
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Mar 14 Fév - 15:42

Je sens le général jouer mon jeu et ces mains qui touchent ma peau. A l'instant où la porte se referme et que nous sommes plongés dans le noir, je m'arrache à ce contact. Pas touche vieux pervers ! D'autant plus que je sens une turgescence très explicite. Je me recule mais j'ai toujours l'arme au clair, elle est à quelques centimètres de la gorge de l'homme. Cependant, vu qu'il semble coopératif, ce serait dommage de ne pas en profiter. Je baisse légèrement mon épée et je chuchote:

- Ce n'est pas un couteau ! C'est un sabre droit, d'origine QIang. Un peu de respect espèce de vieux pervers, vous croyez que je n'ai pas sentit votre petit ami le long de ma cuisse ?

Je recule légèrement, toujours en regardant le général et j'ouvre la fenêtre à tâtons. J'ai trouvé plus prudent et malin de m'aménager une issue de secours si le besoin se faisait sentir. En plus, j'avais la meilleure des planques  à proximité. Le grenier serait le dernier endroit où les gens iraient me chercher si ça tournait au vinaigre. Je revins vers mon futur donateur, il ne paniquait pas et semblait prêt à négocier, alors ce serait dommage de ne pas en profiter. Je suis une professionnelle des cambriolages et lui un pro de la guerre. Il doit être possible de s’entendre. Je me penchais sur lui pour le fixer droit dans les yeux :

- Vous savez la fortune que représente l’épée personnelle d’un tueur de femmes comme vous ? Mes receleurs ont déjà quelques clientes prêtes à payer très cher. Ce que vous appelez « idée peu glorieuse » j’appelle ça « occasion en or ».

Je me retins de rire devant l’air incrédule du général, nos idéologies semblent tellement éloignées une des autres que je me demande si un jour il comprendra que je le vois comme un gros sac d’or ambulant. Sac avec une érection dérangeante !

- Je vais prendre votre épée. Mais je veux aussi vos bijoux mon général, alors vous allez être assez aimable pour me les donner. Un refus de votre part serait très mal perçu et je serais contraint d’utiliser la force pour vous faire avouer. Mais j’aimerais autant ne pas arriver là.

Non, je n’aimerais vraiment pas devoir taper sur un militaire expérimenté. Je suis téméraire, pas folle et puis, autant je pourrais m’en tirer sans trop de casse avec un vol, autant un meurtre, ça passerait moyen auprès de la justice. Cependant, alors que j’allais continuer mon interrogatoire, je me remis à éternuer ! Le général profita encore une fois de l’occasion et ce coup-ci parvint à me désarmer sans trop de soucis.

Heureusement que j’étais vive et leste, en tout cas plus que lui, car je réussis à mettre du champ entre nous et à saisir son épée. Elle était plus lourde et longue que la mienne, mais ça ferait l’affaire. Je me mit en garde et on commença une parodie de duel. Pourquoi je parle de parodie ? Car je me bats avec une épée faisant un mètre de plus que la mienne et que lui à les parties en feu ! Par pure provoc’ je dis à haute voix, sur un ton qui suggère une relation charnelle :

- Votre épée est tellement grande mon général  et si droite et fière !

Il essaye de me mettre un coup maladroit :

- Je la tien bien en main ! J’adore !

Là, vous vous dites, « mais pourquoi tu ne pars pas ? Tu as son arme, tu pourras toujours te racheter une autre épée ! »  Bah en fait, je me suis attachée à mon épée et je veux absolument la récupérer et en plus, j’ai pas ses bijoux ! J’essaye de le frapper à mon tour, mais ce n’est pas brillant. J’ai une idée qui me vient en tête :

- Je propose un échange, tu me rends mon épée, tu me donnes tes bijoux et assez d’or pour compenser le manque à gagner que j’aurais en te rendant ton arme. J’ai pas le chiffre exact en tête, mais on parle de 450 palmes d’or ivrianne je crois.
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Mar 14 Fév - 18:48

- T'es la fille la plus cramée que j'ai rencontré.
Et j'ai passé des années chez les Qiang, c'est dire !


Tellement de femmes pas bien dans leurs têtes ont croisé mon chemin, je me suis longtemps demandé si je ne les attirais pas. Au final, je me suis juste mis à dire que c'était toutes les femmes qui étaient comme ça. Des êtres atteints de folie et d'insanité mentale très profonde. Ma femme qui a des pulsions suicidaires, la fiancée d'Émeric qui n'arrête pas de hurler et de faire des scandales pour rien, le peuple des matriarches parmi lesquelles j'ai rencontré de sacrés numéros...
Nan, elle, l'acrobate, je dois avouer que même si ça fait même pas cent-vingt secondes que nous passons ensemble, elle aura à jamais une place dans mon cœur pour être celle qui arrive à me foutre le plus les jetons du genre féminin. Je crois que c'est pour ça que je l'ai pas butée. 'Fin j'ai réussi à mettre la main sur son arme. Je suis plus grand qu'elle. J'suis plus fort qu'elle. Selon tous les usages jamais écris je devrais juste l'égorger et en finir. Mais je peux pas ! Le fait qu'elle n'arrête pas de hurler qu'on couche ensemble -Probablement pour que le garde là-dehors, Odo ou jesépakoi, ne se doute de rien-, ça me déconcentre tellement que mes pulsions de meurtre n'arrivent pas à se mettre bien droit. C'est trop con ! Tuer des gens c'est pourtant 90% de mon travail !

Elle essaye de négocier soudainement, mettant fin à notre parade. Pourquoi je la bute pas ? Ah je sais pas, mettez ça sur le compte de la fatigue. Une main dans le dos, je lève le sabre pour le ramener vers moi, façon escrime. Je l'écoute rapidement. Mais ce qu'elle dit n'arrive qu'à me faire sortir un soupir entre mes dents.

- Tu as du talent petite chouette, mais tu n'es pas maligne.
Réfléchis donc. Observe l'épée que tu as entre les mains, observe-la bien.
Tu en connais beaucoup, des lames qui portent le sceau de Sa Majesté Impériale ?
Toi tu es jeune et tu as du culot, alors tu ne vois que de l'or. Moi, je vois surtout un truc trop claquant et clinquant, le genre d'objet de valeur facile à traquer, et à retrouver... Jusqu'au fournisseur.
Allez, ma chouette. Je n'aimerai pas qu'un si joli minois finisse les lèvres bleues au bout d'une corde. Réfléchis !


Ça toque à la porte.

- Sire ? Est-ce qu-
- Pas maintenant !


Pas assez de cris aigus. Je crois que le soldat se doute réellement de quelque chose. Je peux totalement l'imaginer derrière la porte, la lame en main, prêt à foncer à l'intérieur pour venir me sauver. Il est bien gentil, mais son aide est vachement encombrante. Il y a des situations où c'est vachement horrible d'être aidé !

- Pourquoi tu tiens à cette lame, chouette ?
Je me demande où tu l'as trouvée... Tu l'as arrachée à quelque Qiang notable ?


Je baisse lentement mes yeux vers l'arme, avec un petit sourire. Mon cœur bat un peu vite -Et pas seulement à cause de l'émotion d'avoir presque eut la gorge tranchée ou que je viens de me battre en sous-vêtement face à une gamine. Je me demande... L'espace d'un instant...
Est-ce que je ne reconnais pas cette lame ?
Ah. J'essaye de retrouver dans mes souvenirs les quelques fois où j'ai pu voir ces guerrières de près. Pas seulement pour les tuer ou les renverser avec mon cheval je veux dire. Je me demande si je peux mettre un nom sur cette lame. Mais nan. Nan ce serait trop beau. Noren est petit, mais tout de même, pas à ce point.

- Tu crois véritablement que je vais aller sortir ma bourse et te donner des livres entières d'argent ?
Ne sois pas sotte, et réfléchis donc. Cette épée, je peux demander à ce qu'on la traque et qu'on la retrouve, de force. Si tu comptes te battre, sache que j'ai un garde juste derrière cette porte qui n'attend que ça, de foncer pour te trucider sans pitié.
Ou alors, tu peux lâcher mon épée et compter sur ma très grande mansuétude. Réfléchis vite.
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Lior Aeronwen
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Mer 15 Fév - 11:33

Mouais. Je vais vous dire, je crois que j’ai fait une connerie en ne me contentant pas que de l’épée. J’ai eu les yeux plus gros que le ventre, mais genre de beaucoup ! Je me m’approchais doucement de la fenêtre en marmonnant puis je m’assis sur le rebord. C’est qu’en plus il était têtu le général et bien évidement, il était hors de question de faire couler le sang. Mais j’essayais de ne pas laisser paraitre mon désarroi face à cette situation. Il me semblait clair que je devrais faire un choix. Soit partir avec son épée et laisser la mienne ici puis mettre cap chez les qiangs, mais genre immédiatement, en sortant le plus vite possible de l’empire. Ou alors je récupérais la mienne et je rentrais chez moi la queue entre les jambes, sans mauvais jeux de mots.
Allez Lior, réveille-toi et trouve un truc à répondre !

- Une rumeur tenace dit que vous auriez fait violer par vos hommes des prisonnières qiangs. Je sais que c’était la guerre, mais vous pensez bien que ça doit influer sur la perception que j’ai de votre mansuétude.

J’eu soudain une idée qui pourrait m’aider ! Enfin, pas vraiment, mais qui pourrait mettre le bordel dans les relations nobles durant quelques jours. Etant donné que c’est ma plus grande joie de voir des nobles galérer, je vous laisse imaginer :

- Vous n’êtes plus très loin mon général, je vais y venir ! En fait, c’était un cadeau diplomatique fait par une ambassadrice Qiang à ma maison. En principe je n’avais pas le droit d’écouter, mais j’ai entendu leur conversation. Un conseil ? Faites gaffe à pas vous prendre une attaque en tenaille d’ici quelques temps.

C’est un mensonge éhonté je sais bien, me faire passer pour une noble ! Vous imaginez le culot et l’ironie de la situation ? Les chances que ça marche sont faibles, mais au pire je m’en cogne ! Après tout, il y a des milliers d’habitants dans la ville et connaitre mon visage ne suffira pas. Il dirait quoi ? Une cherche une fille aux cheveux noir, grande et au visage délicat. Bon courage mon grand ! La moitié de la population, noble en particulier, doit répondre à cette description.

Je réfléchissais à un moyen de laisser un indice convenable pouvant le mener à mettre le Bazard dans la ville. Lors d’une expédition à Taytambo, j’avais fait un crochet par la maison de mon père. Voir à quoi ressemblait ce trousseur de serviteur. J’avais dérobé quelques bijoux, aussi vite revenus, mais aussi une bague avec le blason de la famille. Je m’étais dit qu’un jour ça pourrait me servir. Mais hélas, le zélé soldat revint encore une fois à la charge. Ce coup-ci c’est moi qui vins l’accueillir. J’avais gardé l’épée en main au cas où. Le soldat ne semblait pas méfiant, le fait que j’avais ouvert mon corsage devait jouer j’imagine :

- Soldat, laissez donc le général à ses jeux de rôles. Une fois que j’aurais terminé avec lui, il vous relèvera et je viendrais vous donner un peu de chaleur.

Pour souligner mes propos, je lui saisis la tête pour l’embrasser. Je sais d’expérience que ça marche bien pour déstabiliser les hommes. Mais je ne faisais que reculer l’inévitable, il fallait que je me tire en vitesse. Je revins vers le général mais au lieu de le frapper, je fis mine de coopérer et de lui rendre l’épée. J’ai profité de cet instant pour recommencer et lui expédier un autre coup dans les parties. Mais il s’y attendait et on s’est encore retrouvé à lutter dans le lit, vous imaginez bien qu’il était plus fort que moi, alors pour m’assurer un avantage j’ai pas hésité à le mordre dans le cou et à taper là où ça fait mal…

Au bout de ce qui me sembla être une éternité, je réussis enfin à larguer ma bague et à mettre la main sur mon épée. Ni une, ni deux. Je brisais l’étreinte pour presque me jeté par la fenêtre, mais avant de partir je lui dis :

- Ce fut très plaisant mon général, on se voit bientôt ? Après tout, vous êtes encore là deux semaines.

Puis je disparus disparue dans la nuit. J’allais revenir le voir, quand et où je ne sais pas, pas c’était certains que j’allais revenir à la charge. En plus, il était plutôt sympathique quand on essayait pas de se taper dessus.
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MessageSujet: Re: Toits brumeux   Mer 15 Fév - 20:23

Lendemain,
Salle des pas-perdus


La pluie a disparu aussi vite qu'elle est venue. Une accalmie fort appréciable. Le vent a soufflé, soufflé, et avec sont partis tous les nuages. Les rues pavées sont encore assez humides, mais nul doutes qu'elles vont sécher au soleil, ce grand astre qui scintille bien au-dessus de nous, là, de par les nuages. Cela est tant mieux. Mon imperméable est encore assez lourd et frais, mais voilà que je marche en bronzant un peu, chauffant sous l'étoile éternelle, mon épée toujours à mon flanc, deux sergents d'armes qui marchent dans mon dos. Peu de gens ici sont armés. Je note bien quelques miliciens qui tiennent de hautes lances, et tout noble qui se respecte n'oubliera pas la lame à son flanc, mais c'est bien là une arme qui se limite à un statut, une preuve de leur sang bleu.
Ah, le « sang bleu », quelle arnaque.

N'interprétez pas mal ma parole. Je suis noble, et je connais l'importance de la noblesse. Mais notre sang n'est pas bleu. Il est rouge, comme celui du commun des mortels. Notre force ne vient pas du lignage, notre force vient de notre honneur, devoir, et volonté de se battre. Nous sommes une caste de guerriers qui se sont dotés de codes, pas des élus naturellement faits pour se battre. Contrairement à une réputation qui me colle à la peau, je suis pour l'ascension sociale. Je n'ai jamais mal regardé un roturier, à condition que ce roturier soit un soldat qui sache se battre, qui soit obéissant et discipliné, et qu'il ait des qualités nobles. Le genre de gars qu'on peut adouber.

Mais ne partons pas dans un commentaire socio-politique. C'est inintéressant. Ce qui est plus intéressant c'est le récit de ce que je suis en train de faire. Toujours accompagné de mes deux soldats, j'ai quitté le presbytère juste après le petit déjeuner. Je ne suis pas parti prévenir le chef de la milice des événements de cette nuit. Direct, je suis parti pour atteindre un endroit dont monsieur le Chambellan m'a parlé. La salle des pas-perdus, comme ça que ça s'appelle. C'est assez laid. Mais nous pardonnerons un peuple qui a tout de fragile, y compris son lyrisme.

L'endroit est bien vide. Et bien grand. Baigné dans la lumière du dehors, qui est reflétée par d'imposantes vitres en verre, les cliquetis des armures de mes deux soldats font un écho désagréable avec chacun de leurs pas, surtout lorsque nous montons quelques marches en marbre. Ma cape encore mouillée se colle et se traîne au sol, y laissant un petit peu de poussière et de cailloux de dehors, tout comme les soldats de ma suite qui mettent chacun la main à leur épée, observant chaque recoin, chaque toit, chaque endroit d'où un assassin pourrait attaquer.
Si je n'ai dis à personne de cette maudite ville ce qui est arrivé hier, j'ai au moins expliqué à la dizaine de personnes qui m'accompagnent ce qui s'est produit. Du moins le minimum. Qu'une personne s'est introduite dans ma chambre et a tenté de me subtiliser mes valeurs. Depuis, ils sont un peu paranoïaques. Très paranoïaques, même. Ils me collent et fusillent du regard quiconque s'approche de moi, fusse-t-il un aristocrate qui veut me serrer la main ou un simple gamin qui courre pour aller chercher un ballon frappé un peu trop loin. Ça impose le respect, un militaire costaud qui tient la garde de son arme et qui affiche ses dents, tel un chien d'attaque. Je comprend leur peur. Elle ne vient pas seulement du fait que cette petite dizaine de serviteurs ont ma confiance et un respect mutuel, mais surtout du fait qu'il est de leur office de me protéger. Si je venais à mourir, ou à être bastonné, ou à être volé, nul doute qu'ils seraient châtiés, ou du moins qu'on aurait du mal à leur faire confiance. Faillir est mal vu dans nos mœurs.

Où sont donc passés tous les nobles ? Parfois, nous croisons bien, dans un coin de l'imposante bâtisse, deux ou trois personnes bien parées qui chuchotent. Ils tournent leurs yeux pour me regarder, et je ne leur rend pas la faveur. Je continue d'aller tout droit, ils cessent de parler un moment, puis chuchotent à nouveau. Des messes basses, dont j'estime connaître la teneur. Du commérage, des menaces à peine voilées, des rumeurs qu'ils échangent, volontairement ou non, pour commencer quelque scandale. Je n'ai jamais eu beaucoup d'amour pour l'aristocratie. La noblesse, oui, donnez-moi toute la noblesse du monde, et sa chevalerie de fer, montée sur ses destriers ; Mais l'aristocratie à terre, qui a les avantages sans les inconvénients, qui profite de son statut sans verser l'impôt du sang à la guerre, purgez-la, purgez-la sans scrupules. C'est comme des évêques et clercs qui refusent d'aider le peuple et les pauvres ; Comment un homme peut-il oser profiter de tous les avantages d'être religieux, sans verser en retour son dû à la plèbe ?
Je n'ai aucun amour pour les gueux. Mais on leur doit bien cela. Notre pouvoir sur eux implique forcément une responsabilité en échange.

Qu'importe. Alors que nous passons sous le toit de la salle, voilà qu'une de mes mains gantée sors de mon manteau pour en afficher le plat vers mes soldats. Ils s'arrêtent soudain, et pivotent à 180°. Ils m'affichent leur dos, tandis qu'ils se mettent à garder, telles deux sentinelles, la grande allée dans laquelle je m'engage. Ils n'ont pas le droit d'empêcher les gens de circuler. Mais il n'y a personne ici. La salle est bien vide en cette matinée. Personne n'ira se plaindre d'eux.
Dans la pierre sont gravées des statues, que j'observe rapidement. Ici se trouve un moine en robe de bure. En face de lui, à cinquante pas, se trouve un grand guerrier qui pose son casque sous son bras. Et voilà, à cinquante pas à sa droite, une jeune femme au doux sourire. Les illustres membres de l'Histoire du Royaume. Un saint aidant les pauvres ; Un moine qui étudie les mathématiques ; Un guerrier qui a repoussé quelques païens étrangers ; Une princesse qui a fait de grands cadeaux aux ordres monastiques. Nous mourrons tous, mais ces gens-là ont gagné l'immortalité dans ces roches taillées. Un jour, moi aussi je rêve d'avoir la mienne, de statue. Mais pas à Talehe. Je ne pense vraiment pas pouvoir un jour devenir un héros de ce peuple.
Mais qui sait ? La vie réserve des surprises...

Non loin de moi se trouve un jardin, dans une sorte de cloître où je m'engage. Mais ce coin de verdure en extérieur n'a rien de très religieux. J'y entends le bruissement de l'eau et plusieurs fleurs qui volent. Rien de très religieux, je dis ; Parce que tout près d'une fontaine se trouve deux jolies statues de femmes nues. Je les observes en fronçant les sourcils, studieux, mes mains se joignant dans le dos. Et j'attends, mes bottes s'enfonçant un peu dans le gravier du chemin.
J'attends une bonne minute, soixante longues secondes et des poussières, sans même regarder derrière-moi. J'attends ce qu'on m'a dit d'attendre, alors que j'étais encore à Hinide il y a plusieurs jours à présent. Et cela n'y manque pas, puisqu'une voix douce mais masculine résonne près de mon oreille, avec un très léger accent typique du coin, et je peux sentir la présence de quelqu'un qui vient vers mon côté.

- Vous observez-donc quelque chose d'intéressant, mon général ?
- Est-ce là la création de ce jeune artiste, Ludovic Ferrand ?
- Vous voulez-dire Ludovico Ferdinando, mon général. Avouez que c'est magnifique, un réalisme saisissant ?
- Certes, je grommelle un peu, toujours les mains dans le dos, les yeux toujours rivés vers le marbre travaillé pour afficher deux femmes à poil, jeunes, aux cheveux longs mouillés et aux petits seins durs. Mais j'ai entendu parler de lui pour ses œuvres dans la cathédrale d'Hinide, pas ce... Genre d'enchevêtrements lubriques.
- Eh eh , ricane l'interlocuteur du fond de sa gorge. Le puritanisme sied votre statut, mon général. Mais voyons. Il n'y a rien de mal à observer les corps que Dieu a créé. Moi je ne vois rien d'érotique là-dedans. Juste... La nature.
- C'est que vous êtes un saint, alors ! Attendez que le Heirst vous canonise, vous aurez droit à votre auréole sur vos représentations.
- Que vous soyez tant mouvementé par de la pierre n'est qu'un compliment envers l'artiste, mon général. La prochaine fois que je rencontrerai Ludovico, je ne manquerai pas de lui transmettre cette anecdote..

Je me retourne enfin pour voir l'homme à mes côtés. Il est plus petit, puisque le sommet de son crâne atteint sa bouche. Mais il est plus large, aussi. Grassouillet, les joues rondes, un beau sourire qui montre toutes ses dents. Il est âgé, mais son gras l'a conservé, contrairement à moi qui suit déjà ridé alors que je n'ai pas la quarantaine. Ses cheveux sont très noirs, mais atteint d'une très légère calvitie, tandis que sa barbe est rasée de près, seuls quelques touffes de poils grisâtres venant décorer sa mâchoire et le contour de ses fines lèvres. Il n'est pas beau, il n'est pas grand, il n'est pas impressionnant ; Mais il est mignon. « Mignon »... Le qualificatif fait légèrement pédé. Mais disons qu'il a une bonne bouille, il respire la gentillesse et la courtoisie, comme sa petite voix, qui accentue certains mots du fait de son accent. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Je force un sourire pour le rassurer, même si le sien paraît beaucoup plus réel que le mien. Il semble m'étudier, me jauger, tout comme moi je viens de lui faire un portrait de lui.
Et enfin il me dit la phrase que j'attendais.

- Vous n'avez pas été réveillé par les chiens errants, cette nuit ?
- Ils aboient quand il y a de l'orage. Mais de toute façon j'ai le sommeil léger.
- Ah, toujours à l'affût. Un vrai guerrier.
- Plutôt un chasseur.

Il me fait un petit clin d’œil et me tourne le dos. Il s'avance plus loin et je le suis. C'est donc lui, l'agent du chambellan, le noble naidien qui fuite en secret les volontés de l'Empereur. Je n'ai jamais aimé ces conspirations de couloir et ce commerce en chaussures cirées. Mais il y a tant de moyens de diriger un empire...
Nous restons dans le jardin, mais dans un endroit plus à l'écart, où on ne le surprendrait pas à discuter avec un général Ivrian. Surtout que des comme moi, il n'y en a pas de milliers. Il me fait faire le tour d'un épais bosquet, plus grand qu'un homme, et voilà que nous nous tenons tous deux debout, sous un arbre fruitier, assiégés par les buissons qui nous servirons de murailles. Face à nous, une autre fontaine, baignée dans le soleil qui frappe en face de nous. Nous restons silencieux le temps de regarder tout autour de nous, avant de commencer une furtive discussion.

- Le chambellan a refusé de me dire votre nom. Je lui ai envoyé une missive me le demandant.
- Vous savez très bien qu'il n'aurait de toute façon rien répondu. Vous n'êtes pas très discret, sire Alexis. Mais qu'attendre d'un soldat ?
- Ne parlez pas sur ce ton, messire, je lui rétorque assez fermement, appréciant moyennement le sous-entendu. Je suis dans une situation assez périlleuse.
- Et moi de même. Vous êtes censé m'aider et je vous aiderai ensuite.
Mais ne discutons pas de cela tout de suite.
J'ai appris votre rencontre avec le condotierri Bartolomeo.

- Et les frangins di Verdi.
- C'est moi qui ait mis les Verdi en place. Ils sont des vassaux historiques de ma famille. Mais Bartolomeo... Il a été placé par la volonté du gouvernement. Je l'exècre. C'est un mercenaire, sans grande loyauté. Il fut un de mes protégés à une époque, mais il s'est mis à devenir un coupe-jarret pour le plus offrant. Qu'un homme comme ça ait la charge de la garde de Talehe... Ce n'est pas rassurant.
- Dois-je le craindre ?
- Eh... Il vous fait surveiller. Il sait que vous êtes entré ici plutôt que d'aller le rejoindre pour continuer l'inspection des murailles de la cité, qui est votre travail normalement.
Mais il n'est pas le seul au courant. On vous épie depuis que vous avez mis le pied sur cette ville. D'ailleurs, j'ai été déçu que vous ne soyez pas à la cathédrale hier. Avez-vous un motif d'excuse ?

- Pardon ? Je demande sèchement.
- Hier a eut lieu la fête de Sainte-Anna. C'était un moment important pour les Naidiens.
- J'ai préféré dormir que de me mêler à la foule. J'étais très fatigué.
- Hum. C'est fâcheux. Vous devez comprendre, mon général... Ici, votre absence est tout autant notée que votre présence.
Mais vous ne pouviez pas savoir... Vous ne savez rien.
C'est un sujet compliqué... Je vous demande de rester silencieux, et de-
- Moi aussi je dois vous dire quelque chose.


Le mec est étrange. Il parle lentement, bien mesuré, sûr de lui. Mais... Il a un peu un discours de dément. Je peux le comprendre. Vivre à la cour doit sacrément devenir usant à la longue. Dommage pour lui, il me doit des explications.

- L'on m'a attaqué hier.
- Attaqué ?
- Une voleuse est parvenue dans mon logis, en pleine nuit. Il y a eut rixe, mais elle est parvenue à s'enfuir. J'ai cru comprendre qu'elle faisait partie d'une famille noble locale.


La nouvelle semble toucher le vieux bouffi. Voilà qu'il a la bouche bée, qu'il croise les bras et place ses doigts sous son menton, pour lentement le caresser.

- C'est... Fâcheux. Très, très fâcheux.
Vous a-t-elle volé quelque chose ?

- Absolument rien. « Fâcheux », vous dites... Vous êtes le ministre de l'euphémisme ? Je suis en train de vous dire que la gaupe a été capable de grimper jusqu'à ma chambre, et de-
- Rien ? Même votre correspondance ?
- Absolument rien, je viens de vous le dire.
- Et vous avez prévenu le guet ?
- Je ne l'ai notifié à personne.
- Ouf... Soupire-t-il. C'est rassurant. J'ai déjà entendu des affaires où la milice paye des criminels, afin que le guet puisse venir voir les dégâts, et en profiter pour subtiliser des choses.
- Je le sais, je ne fais pas confiance aux autorités locales. J'ai préféré venir vous voir tout de suite.
- Et vous avez bien fait, mon général.
Comment pouvez-vous pensez que la cambrioleuse est sous l'emploi d'une famille d'ici ?


Le manque de confiance qu'il a en moi est extrêmement gênant. Je suis obligé de mettre la main à mon mantel afin de tirer entre mes doigts la petite quincaillerie que j'ai retrouvé lors de la lutte. Je la lui met dans le creux de sa main, et il fait un pas en arrière pour l'observer en tendant son bras, pour que la lueur du soleil l'aide.
Il fait ça une bonne dizaine de secondes, avant d'avoir les yeux écarquillés et de me répondre.

- Cazzo...
- Quoi ?

Il me redonne la bague, que je pose au fond de ma veste, tandis que ses yeux bruns se plongent dans mon regard.

- C'est le blason des Maänadil.
- Une famille importante ?
- Ils étaient puissants lorsqu'ils vivaient encore à Taytambo. Mais l'actuel chef de la maison n'est qu'une femme stérile de vingt-sept années.
- A-t-elle de l'influence ?
- Elle est intendante du trône ! On peut dire qu'elle a de l'influence, oui.
Je ne vous cache pas mon animosité envers les Maändil. Ils sont des rivaux de ma propre famille depuis bien longtemps. Mais... Qu'ils décident de s'attaquer à un général Ivrian... Cela j'en suis étonné.


Un grand sourire se dessine sur son visage, tandis qu'il s'éloigne un peu, m'obligeant à le suivre. Je pense qu'il exulte. Oh oui, il doit jouir intérieurement. Voilà qu'il a trouvé un moyen de pression sur ses ennemis. Moi je ne suis pas aussi heureux que lui. J'ai horreur d'être utilisé, et l'idée d'être un catalyseur pour la vengeance privée de ce petit grassouillet ne me sied guère.

- Dame Maänadil ne porte pas la couronne impériale en amour ?
- Peu de gens portent la couronne impériale en amour, mon général, dit-il en retour, et en haussant les épaules. Un vieux rêve. Ils sont attachés à leur rêve d'indépendance...
Mais il y a une différence entre rêver d'insoumission, et réellement passer à l'acte. C'est d'ailleurs pour cette raison que je suis ici. Et c'est pour cela que vous étiez au départ censé m'aider.
Voyez-vous, mon général... Je sais qu'il y a un homme qui vient en aide aux indépendantistes qui se sont révoltés sur l'île. Je parle d'envoi de renseignement, d'or pour engager des mercenaires, de navires mis à leur disposition. Ces indépendantistes risquent de devenir dangereux. Surtout que votre grande armée est en plein retrait depuis la paix avec les Qiang... L'Empereur a de plus en plus de mal à justifier les impôts exceptionnels, et je n'ai aucun doute que petit à petit, vos soldats vont être limogés en masse.
Maintenant, imaginez un seul instant que des mercenaires Qiang ou Naktha se mêlent. Cette situation, ce serait le départ pour un incident qui pourrait raviver un conflit global sur tout Noren. Vous rendez-vous compte, général ?

- J'essaye de ne pas me mêler de politique, sire.
- En tant qu'homme intelligent, vous devez admettre qu'il y a de quoi craindre des débordements. Vous êtes allé sur la rive droite hier, n'est-il pas ? Est-ce que vous pensez que Talehe pourrait résister à un siège ?

Je le fusille du regard. La raison de ma présence ici, c'est justement pour découvrir ce genre de choses. La ville risquerait donc d'être prise. Mais par qui, par quoi ? Inutile de lui demander. Nous ne sommes pas devins. Peut-être que c'est l'armée Ivrianne qui devra remettre de l'ordre là-dedans.

- Qui suspectez-vous de soutenir Taytambo ?
- Jusqu'à aujourd'hui je ne suspectais même pas les Maänadil... Mais il semblerait que dame Trishna soit à ajouter sur ma liste.
Beaucoup de gens ici ont gardé un attachement certain pour l'île, et rêvent de pouvoir y retourner. Il n'est pas étonnant qu'ils souhaitent leur fournir des moyens.

- Même à risquer une guerre contre l'Empire ? C'est une guerre qu'ils ne peuvent pas gagner.
- Ce n'est pas parce qu'ils rêvent d'indépendance qu'ils vont soudainement sortir les drapeaux du Royaume et proclamer leur volonté de félonie. Ce sont des lâches. Des lâches et des peureux. Ils conspirent en chuchotant, mais ils laissent les gueux et les chevaliers hardis s'entre-tuer pour eux.
- Et vous, sire ? Pourquoi vous faites tout cela ? Quel est votre intérêt dans cette affaire ?


Il se retourne soudain, cessant de marcher au loin. Il lie ses poings, les fermant très fort, et les lèves près de sa mâchoire.

- Vous étiez à la bataille de la vallée de Salère, sire Alexis.
- Oui. Je dirigeais l'aile droite avec les chevaliers et les miliciens de Bluire.
- Eh bien deux de mes fils et mon frère étaient sur l'aile gauche. Ils sont tous les trois tombés sous les coups des archères Qiang. Vous savez comment les Qiang surnomment cet affrontement ?
- « La bataille des éperons d'or ».
- Mes fils et mon frère ont eut leurs dorures arrachées, et leurs cadavres profanés. Je n'ai même pas pu mettre leurs corps dans les tombes de mon caveau afin qu'ils trouvent le repos...
Entendez-moi bien, mon général. Je suis Naidien. J'aime mon pays, j'aime notre art, notre langue, notre culture. Mais ma famille est liée, par le sang versé, envers l'Empereur. Je suis un patriote à deux nations. Je suis éternellement fidèle à notre Reine, mais aussi à l'Empire qui nous protège des salopes impies. Et je ne laisserai pas quelques perfides parjures menacer la paix impériale et provoquer une guerre civile qui ferait couler le sang de fidèles de Dieu.

- C'est très honorable, sire.


Honorable en effet.
Il n'empêche, j'ai appris depuis bien longtemps que des intentions honorables cachent souvent d'autres choses. Peut-être que cet homme est réellement un patriote fidèle à l'Empereur. Mais je ne serai pas étonné du tout si je devais apprendre qu'il faisait également son beurre de cet arrangement. Le genre de gars à gagner de l'argent grâce au commercer avec l'Empire, et qui n'a aucun intérêt à ce qu'une guerre vienne gêner le commercer... Ça, ou bien l'arrivée d'enquêteurs ou de militaires Ivrians.
Et alors ? Les intérêts privés et publics se mélangent. La frontière est rarement claire. C'est pour ça que j'aime l'armée. Elle a une pureté simple. Nous maintenons la paix, on peut pas faire plus naïf mais pur que ce genre de but.

- Vous devez passer la journée avec Bartolomeo pour continuer la revue des murailles et de la garde de Talehe, sire.
- C'est cela.
- Vous aurez l'occasion de voir l'état de nos forces... Mais il ne faut pas que cela vous donne un regard trompeur sur les forces dont dispose réellement Son Altesse Royale. Elle peut également compter sur de l'or qui pourrait payer des compagnies de coupes-jarrets, et surtout sur la chevalerie de Politania.
- Elle peut surtout compter sur l'armée d'Ivria.
- Oui... En cas d'invasion étrangère.
Mais ne regardez pas trop Talehe du point de vue externe, et plutôt les défenses internes. Si Talehe devenait indépendant, comment pourriez-vous prendre la ville ?
Rédigez un rapport sur cela, que vous enverrez à l'Empereur. Mais bien sûr, n'en faites aucune signification au rapport que vous remettrez à la Reine, qui lui donnera simplement des conseils pour repousser une éventuelle flotte Qiang ou de Nakhta...

- C'était déjà ce que j'avais prévu. Ne pensez pas que vous m'apprenez mon travail.


Il fait un sourire, un nouveau. Mais un beaucoup plus forcé.

- Je donne une réception ce soir. Je dispose d'un grand manoir avec un grand jardin sur cette rive de Talehe. Beaucoup de gens sont invités. Y compris des gens haut-placés...
Mais ce genre de festivités mondaines n'ont pas toujours l'intérêt de bien paraître en bonne société. Je veux que vous veniez. Nous parlerons un peu, mais nous ferons comme si nous ne nous connaissions pas. Beaucoup de gens vous approcheront et essayerons de vous parler. Essayer de noter leurs noms et de garder la teneur de leurs discours, le plus précisément possible. Cela m'avancera dans mon enquête...

- Qu'est-ce que vous attendez de moi, exactement ?
- Absolument rien ! Comportez-vous le plus naturellement du monde. Détendez-vous. Il est très important... Que vous soyez vous-même, sire.
Vous-même.


Qu'est-ce qu'il entend par là ? Je lui fais pas trop confiance. Il veut quoi ? Moi j'ai pas envie d'attendre entouré de nobles de partout. J'ai envie de les insulter, je suis sûr je vais les prendre de haut sans faire exprès. Mais si c'est cela qu'il attendait de moi ? Je sais pas trop quoi en penser. Et je n'ai même pas le temps de lui demander. Il me pose une main sur l'épaule et s'éloigne.

- Vous ne m'avez toujours pas dit votre nom.

Il s'arrête, alors que déjà deux mètres nous séparent.

- Mon nom est Matteo Visconti.

« Visconti »...
Il s'éloigne en me laissant là.

Les Visconti. J'ai déjà entendu leur nom. Ils ne viennent pas des îles, mais du continent, de la Politania. Longtemps, ils ont été considérés comme de sales gueux, la noblesse sale, celle qui vivait des moutons et de la poiscaille. Mais ils ont un ancêtre illustre, il y a 3 générations, qui a réussi à rendre la famille extrêmement puissante, justement en multipliant les échanges avec l'Empire, et en bénéficiant de chartes particulières auprès d'eux.
Riches et sang-bleus. Et très religieux. Ils ont gagné de l'influence auprès de la Reine, non pas par les intrigues, mais juste en donnant plein de dons au monastère Quenda et au peuple de Talehe. Matteo Visconti doit-être très bien aimé du petit peuple. Peut-être l'une des raisons pour lesquelles il est influent. Il doit servir de médiateur entre les bourges de la rive gauche et les indépendantistes hardis de la rive droite.
Bon gars. Au moins quelqu'un en qui je peux avoir confiance ici.
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